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Vent de conservatisme en Suède

octobre 28, 2011

Cette semaine, la Suède a connu deux polémiques plutôt étonnantes pour ce pays réputé libéral, et très en pointe en matière de féminisme.

Les divorcées heureuses choquent

C’est d’abord un livre sur le divorce qui déchaine les passions, comme le relate le quotidien belge Le Soir. « Happy, Happy, un livre sur le divorce » compile des témoignages de femmes. Sans en faire l’apologie, elles racontent simplement la libération qu’elles ont ressentie après avoir divorcé.

Mais les commentaires outrés ont fleuri ces derniers jours, notamment dans le tabloid Aftonbladet , sorte de The Sun suédois.

Devenir femme au foyer, le rêve des Suédoises ?

L’autre polémique  fait suite à une étude  réalisée par un site internet consacré à la famille, Familjeliv.se. Après avoir interrogé 10 000 Suédoises, l’étude conclut que 52% d’entre elles veulent devenir femmes au foyer.Pour une chercheuse spécialiste des genre, Catrin Lundström, cette étude parait crédible. Elle l’explique par la crise, qui frappe aussi la Suède, pousse les gens à envisager d’autres modes de vie que le travail.

Il y a quand même un petit problème méthodologique… le site internet avait demandé à tous leurs membres de participer au sondage… Or ce sont de gens particulièrement en faveur de la famille traditionnelle, ce qui fausse un peu le résultat !

Les Morues: un roman sur les (vraies) filles d’aujourd’hui

août 23, 2011

Morue, nom féminin : désigne, en argot, les femmes de mauvaise vie, les prostituées, les filles faciles, souvent utilisé comme une insulte…

C’est un peu ce qu’est Ema, une trentenaire qui se rend à l’enterrement de sa « BFF* », Charlotte. La jeune femme se serait suicidée. Au fil des pages, Ema commence à en douter. L’anti-héroïne profite de son statut de journaliste pour mener une enquête tous azimuts avec sa bande de copines résolument infréquentable. Elles découvrent, les dessous – assurément troubles – de la réforme des politiques culturelles en fouillant dans le quotidien de l’amie perdue.

Ce qui surprend, tout d’abord,  dès les premières pages, c’est l’écriture. Agréable, d’un Français correct, elle est enrichie de quelques citations truffées de putain-merde-verlan, comme on parle aujourd’hui, même un diplôme de Sciences po en poche. Ce phrasé donne l’impression de ne pas lire du Titiou. L’auteur, aussi pigiste chez Slate et blogueuse (sexe et lolcats) chez Girls and geeks nous avait habitués à un style enfantin, des phrases incorrectes intentionnellement, une narration self-centrée et brouillonne. Le contre-pied pris ici est une bonne surprise.

 

Un roman générationnel

Si l’intrigue des Morues démarre lors d’un enterrement c’est aussi pour annoncer la couleur. Pas toute rose. L’histoire de filles offerte par Titiou Lecoq ne joue pas dans la cour de la « chick lit »… Les Morues fait figure de roman générationnel. Chez Titiou, la précarité de l’emploi, le « binge drinking » et le féminisme nouvelle génération tiennent des rôles de héros. Internet aussi. Les personnages sont branchés H24, séduisent sur les réseaux sociaux. Des usages qui n’existaient pas il y a dix ans. – Même si on a envie de glisser à l’auteur que Myspace est dépassé et qu’il faudrait qu’elle se mette à « tweeter ». ( @titiou ) – En fin de chaque chapitre, l’auteur suggère une playlist, afin de dévorer les pages, une oreille pendue à Spotify. Un bel essai de lecture bimedia.

A chaque génération ses relations amoureuses. Les Morues en offre un tableau réaliste. Ema, célibataire par conviction, peine à s’ouvrir lorsque sa relation « libre » dérive en couple. Elle refuse cette convention sociale, crache sur le mariage d’une pote. On en vient même à regretter qu’elle finisse par céder au conformisme.

Car le thème du (non) couple est l’un des premiers jalons du féminisme moderne dont l’auteur expose sa vision ici. L’autre c’est l’après-viol d’un des personnages. Pas de honte. Pas de regret. Pas de victimisation. Pour seul changement, une sexualité un peu plus libérée. Autre élément féministe, les filles tolèrent plus ou moins la prostitution (choisie). Dès lors on distingue mieux pourquoi, un éditeur du Diable Vauvert parlait d’ « un roman post-Despentien ». Les règles morales des personnages, les thèses qu’ils admettent sans trop discuter, parcourent King Kong théorie , voire l’entière œuvre de la romancière couillue et primée. Le livre sur lequel parie le Diable Vauvert est annoncé « en lice pour des prix et des sélections ». Aux Diablogues du vagin, on espère que Titiou pourra suivre jusqu’au bout les traces de son modèle.

Léa Lejeune

* Best friend forever, comprendre « meilleure amie d’enfance ».

Les Morues, Titiou Lecoq, sortie le 18 août 2011, « Au Diable Vauvert ».

Tripoli: les femmes journalistes en première ligne

août 22, 2011

Le journal américain Huffington Post fait un petit tour d’horizon des chaines d’infos anglophones (Sky News, AlJazeera english, CNN) en première ligne pour la couverture de l’avancée des rebelles sur Tripoli… et – surprise ! – les journalistes sur le front sont des femmes ! Des journalistes, avec le casque et le gilet part-balles, des reporters de guerre en direct au milieu des rebelles.

La plus connue est sans doute Zeina Khodr, de la chaine Al Jazeera, qui n’a pas du dormir depuis le début de l’offensive tellement on l’a vu enchaîner les directs. Ici, elle est sur la place verte, au cœur de Tripoli. Entourée d’hommes armés, exultant, tirant en l’air, elle reste imperturbable au milieu de Tripoli « maintenant aux mains de l’opposition »… Pendant son direct elle sera aussi bousculé par les rebelles.

Pour Sky News, c’est Alex Crawford la correspondante. Elle porte aussi un casque…pas vraiment pour la forme puisque les balles « de joie » des rebelles volent à quelques centimètres de sa tête.

Idem pour Sara Sidner, de CNN, en direct dans une des rues principales de Tripoli. Les tirs fusent, mais le travelling ne dévie pas d’un poil.

Retour de Vacances

août 8, 2011

Fin des vacances, les Diablogues du Vagin reprennent du service dès aujourd’hui. Avec des sujets d’enquête, des éditos, etc, en préparation. A venir très bientôt. Pour commencer, voici les petits papiers sur le monde de l’entreprise et les droits des femmes (et des hommes d’ailleurs) que j’ai publiés dans le dernier numéro de Causette, sorti début juillet 2011.

Au passage, je rappelle l’évènement de la rentrée : Causette passe en mensuel !!

Egaux en entreprise… seulement en cas de profit

Le décret d’application de la loi sur la réforme des retraites concernant l’égalité salariale dévalorise encore la gente féminine. La loi impose – en théorie – des pénalités financières, allant jusqu’à 1% de la masse salariale, aux entreprises de plus de 50 salariés qui ne réaliseraient pas de rapport de situation comparée avant le premier janvier 2012. Ce rapport de situation comparée, avec obligations chiffrées, date de 2001 et devrait être généralisé depuis fin 2010 ! Mais seules 30% des entreprises concernées en rédigent un aujourd’hui.

« C’est pourtant le meilleur outil pour vérifier l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes », d’après Marie-Jo Zimmermann, présidente de la délégation aux droits des femmes à l’Assemblée nationale.

En pratique, ce texte publié en juin introduit de multiples cas particuliers. La peine ne serait pas due dans le cas de « motifs économiques », c’est-à-dire la restructuration d’une entreprise, la reprise d’une société dans une autre structure et le passage d’un seuil d’employés à un autre. Nul doute que certains employeurs sauront profiter de la situation en freinant la promotion salariale de leurs employées.

Pour Marie-Jo Zimmermann, « le décret est si peu contraignant qu’il en est insultant pour les femmes ! Encore une fois, on fait comprendre que leur valeur en entreprise est plus faible que celle des hommes ».

Léa Lejeune


Parentalité – L’égalité par le congé

Et si on changeait la parentalité pour mieux l’intégrer à l’entreprise ? C’est la bonne idée du rapport de Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales (IGAS), publié le 7 juin. Présenté avec la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, Roselyne Bachelot, il sert de base à la négociation tripartite entamée le 28 juin.

Assurément novateur, ce rapport ne se contente pas de proposer des « mesurettes » ciblées sur les femmes. Pour Brigitte Grésy, l’égalité au travail, comme l’égale répartition des tâches ménagères, s’obtient en agissant sur les deux sexes et sur les valeurs de l’entreprise. La mesure phare ? L’instauration d’un « congé d’accueil » de huit semaines pour les nouveaux parents. Le deuxième mois, facultatif, serait réservé aux pères. Une sacrée rallonge puisque le congé paternité dure, aujourd’hui, onze jours. Pas sûr qu’il continue de séduire 70% des pères comme en 2010.

En effet, les paternels mordus de boulot devront peser le pour et le contre. Que peuvent-ils y gagner ?

« D’abord, ce congé reste court et permet de renforcer le lien précoce avec l’enfant. Surtout, il les responsabilise. On observe souvent un décalage entre le discours des hommes qui aspirent à s’occuper des enfants et la réalité où ils tirent profit des rôles sexués. En les mettant face à la décision de placer leurs enfants en crèche, de forcer leurs femmes à prolonger un congé ou de prendre le leur, la question du partage des tâches dans le couple se pose plus tôt », affirme Brigitte Grésy.

Reste à convaincre les entreprises de sauter le pas. Si la Sécu devrait assumer la majorité des 250 millions d’euros de coût, les entreprises allongeront le reste.

« Mais la parentalité doit être un partenaire de l’entreprise, pas une prise de risque, poursuit l’inspectrice générale. Les salariés, hommes ou femmes, ne sont pas des êtres solitaires et hyperperformants. Au contraire, leur performance est déterminée par les aménagements qu’ils peuvent faire entre vie privée heureuse et vie professionnelle ».

Et qu’ils se rassurent, les employeurs devraient récupérer plus tôt les femmes qui cèdent leur place aux papas poules. D’autant que le rapport réduit du même coup le congé parental libre des mères de trois à un an maximum.

Léa Lejeune

Live blog Rencontres féministes d’été

juillet 2, 2011

Ces 2 et 3 juillet 2011, « Féministes en mouvement », les premières rencontres d’été sont organisées à Evry, dans l’Essonne. L’initiative vient – encore une fois – d’Osez le féminisme !, ce mouvement très présent dans les médias ces derniers mois. 40 associations environ les ont rejoint. Causette soutient l’initiative : tenter d’unifier les mouvements féministes l’espace d’un week-end, débattre, faire évoluer les positions. Une a refusé expressément, j’en saurais plus toute à l’heure…

10h40 : Live-bloguer, live-bloguer, je veux bien, mais il fallait assurer sur l’organisation. Déjà, se rendre à Evry un samedi matin n’a jamais été simple. Arrivée à 10h10, j’ai déjà loupé la séance d’ouverture. J’accède à l’amphi juste à temps pour l’assemblée plénière. Au lieu d’être ouverte par Catherine Vidal, neurobiologiste bien connue (cf. Billet de blog sur le numéro spécial de Charlie Hebdo), c’est Françoise Picq, militante MLF et historienne qui s’en charge. Bon choix d’intervenante. Elle aborde les notions de base : cerveau, différence biologique, égalité, sororité, etc. Rien de neuf sous le soleil violet (couleur débattue sur ce blog et présente sur tous les flyers des rencontres).

10h53 : La seconde intervenante est Olga Trostiansty, coordinatrice du Lobby européen des femmes en France. « Je suis choquée par le peu de femmes artistes par rapport aux hommes », dit-elle. « Nous travaillons beaucoup sur les droits des femmes migrantes au Lobby, c’est un sujet primordial en France ». « L’égalité entre les hommes et les femmes est une question indispensable pour le progrès social. Je souhaite que cette question pèse lors des présidentielles ». Elle rappelle aussi que Valls était là tout à l’heure… Oups je l’ai loupé ! OLF, bras du PS ? La question reste en suspend…

11h04 : La parole est au public. D’ailleurs, il est nombreux ce public, 300 personnes environ, beaucoup de jeunes et bien sûr…une large majorité de filles. L’une rappelle que Valls a dit : « le combat des femmes est uniquement dans la sphère privée…je suis déçue qu’on puisse penser ça… », précise-t-elle. Pour une autre, l’unité est le maître mot comme « enjeu contre le capitalisme pour faire bouger la société ».

Une militante d’OLF : « je sais qu’il y a des oppositions entre les mouvements, des idées différentes, est-ce qu’au Lobby, vous pensez que ces organisations peuvent se mettre d’accord ? Notamment quand on regarde les mouvements qui naissent à droite. »

11h16 : Réponse d’Olga : « La parité dans les partis politiques, c’est maintenant qu’elle est en train de s’organiser. On reste à 18%, on va pas arriver aux 40% si on n’est pas active pour entendre les partis politiques dès AUJOURD’HUI ». « Quand à l’aspect privé, si on en parle, c’est parce que depuis des années, le ménage et la garde des enfants, c’est une charge des femmes depuis des années. Même s’il y a des bonnes pattes ces dernières années ».

11h20 : Si j’en crois le cameraman qui était à côté de moi il y  a quelques minutes, le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir filme les rencontres pour en garder une trace.

Une étudiante en sociologie qui s’intéresse aux retraites des femmes : « On ne parle pas assez de la dépendance. Pendant le débat sur les retraites, les femmes dépendantes ont perdu une allocation pour les plus âgées, comment peuvent-elles la récupérer ? Pourquoi est-ce qu’on n’en parle pas ? »

Réponse de Picq : « Les associations féministes ne sont pas associées aux prises de positions de l’Etat et des syndicats sur ces sujets d’abord.Ensuite, on a demandé à Woerth de faire des analyses sexués pour les retraites, ils nous a répondu ‘c’est hors sujet!’. Pourtant, c’est nécessaire. La même question se pose sur la dépendance. D’autant plus que les femmes sont destinées à vivre plus longtemps et que les femmes s’occupent des personnes dépendantes dans leur famille, comme dans certains métiers ».

11h27 : Discours d’une militante, « nous sommes toutes des militantes, nous sommes toutes des femmes… » Râles et rires dans la salle, les hommes présents revendiquent leur présence. Joli lapsus.

11h33 : Une militante OLF : « La question du différencialisme et des différences de nature, c’est un des premiers problèmes. Dans les discussions, c’est ce sur quoi on bute en premier. A mon avis, il peut pas y avoir d’égalité dans la différence, ni dans la complémentarité. Quand on considère que les femmes s’occupent des enfants parce qu’elles les portent, c’est une injustice. Pour moi, l’injonction de maternité vient de l’essentialisme . La loi sur la parité, c’est un mal nécessaire, une stratégie pour aller plus vite, c’est pas pour toujours. Je sais que c’est difficile à expliquer par rapport au concept universaliste, mais c’est un mal pour un bien ».

Un mec applaudit : « Je suis socialiste donc je suis essentiellement féministe! » Il est coupé pas les râles des filles… Elles ne sont pas dupes, pour elle le lien n’est pas évident, vient des personnes.

11h41 : Une militante jeune militante, blonde et très jeune, maintient ne pas être l’héritière du féminisme des années 70. Mais comment peut-on encore parler dans ce type de réunion sans connaître l’historique des idées qu’on défend ? Elle est huée et poursuit : « Je suis persuadée que le féminisme peut être de droite comme de gauche ». Cette affirmation ne convainc toujours pas dans l’assemblée.

11h52 : Une autre :  « Je ne suis pas d’accord sur cette théorie qui dit que le féminisme doit dorloter les hommes, les prendre par le bon bout ». Rires.

Une autre : « L’argent c’est le nerf de la guerre. Nous préparons un fond qui finance des projets de femmes au Nord comme au Sud. Venez vous renseigner! » Problème ? J’ai pas entendu le nom de l’association, je vous tient au courant.

11h58 : Françoise Picq : « L’une des démarches des féministes est de regarder dans l’histoire et de comparer. Dans les années 70, on disait que les féministes étaient des bourgeoises qui voulaient participer à la réussite de leur classe. Aujourd’hui, on dit qu’elles ne se préoccupent pas des inégalités. Il n’y a pas beaucoup d’histoire des femmes au Lycée, mais y en avait pas du tout il y a 50 ans. Ya rien de mieux que de partir de fausses idées pour pouvoir les corriger ! »… Sur le thème du gendre et du queer, « J’ai pas envie de vivre dans un mode où toutes les différences seraient effacées ».

Pause Repas

Au détour d’un plateau repas, j’y apprend que le collectif La Barbe a refusé de se joindre officiellement aux rencontres. La cause ? Le mouvement n’a pas su trouver une position commune. Certaines sont là mais ne représentent qu’elles mêmes.

Je débats avec une femme qui dit être l’ex d’un proxénète, s’énerve, se positionne de manière très prohibitive sur la prostitution et l’assistance sexuelle aux handicapés. Discourir semble faire remonter en elle beaucoup de souffrances passées.

Fin du repas

14h : Reprise des festivités. Elles sont organisées en ateliers débats. Pour le début de l’après-midi, j’ai choisi le thème :

« Les images sexistes des femmes dans la publicité et les médias : une entrave à la Libération sexuelle »… Pour l’instant, on ne parle pas du tout de libération sexuelle, ni de sexe. Plutôt de stéréotypes. La meute contre la publicité sexiste  – collectif affilié aux Chiennes de garde – cite les trois campagnes qui ont fait du buzz ces dernières semaines : mon minou tout doux (Veet), l’éducation nationale et les T-shirts Petit bâteau. Cette dernière n’est pas vraiment de la publicité plutôt un objet marketing chargé de sens. A Toulouse, Pataugas a fait une pub avec des femmes sandwichs portant des corps de femmes nues dessus. Assez bof.

En Argentine, il existe une loi contre la violence sexiste. Est-ce que ça existe en France ? « Non, il y a une loi contre la discrimination dans les médias mais il n’y a rien contre les stéréotypes et la loi contre la discrimination fait la différence entre racisme et homophobie d’un côté et sexisme de l’autre », explique Marie-Noëlle Bas.

L’un des leviers de lutte contre ces pubs : le boycott. Problème, on n’a pas le droit de faire du boycott en France. Une fille propose : « écrivez des lettres aux annonceurs, c’est un moyen détourné de réagir ».

14h23 : Dans le fond, une personne dort, main sous le menton, yeux clairement clos. C’est l’un des quelques hommes. #JDCJDR

Un autre homme fait remarquer que « la pub n’existe pas sans les stéréotypes sexistes ». « Du coup, moi ce qui me choque, c’est l’utilisation du corps humain, celui de la femme, pour vendre un objet sans rapport ».

14h46 : Une autre intervenante : « J’attends que les hommes se plaignent qu’on les fasse passer pour des blaireaux qui savent pas changer des couches »… »Ok, les publicitaires présentent enfin des pères en action au foyer, mais ils les présentent comme ‘pas fait pour ça’, pas douées. Avec cette nouvelle image, les femmes vont peut-être y perdre encore plus ». Du coup, on propose de créer un organe avec les annonceurs, les marques, mais aussi la société civile. La rapporteuse de séance le note.

14h57 : « C’est la répétition qui fait le problème ». Marie-Noëlle propose de « coller les unes à côté des autres le maximum de publicités comme ça. Ca nous marquerait plus ».

15h : L’atelier pub est fini… On n’a pas du tout parlé de libération sexuelle. Je suis déçue.

Pause

16h17 : Atelier : Les plaisirs féminins : un sujet politique.

Lucie Sabot, une militante OLF revient sur la campagne Osez le clito. Elle s’attaque à certains préjugés. Celle-ci est assez marrante et riche symboliquement : « Le vagin est un muscle préhenseur, c’est donc lui qui prend le sexe masculin. La notion de pénétration aujourd’hui est biaisée ». Qu’en pensez-vous ? Lucie Sabot démonte les discours normateurs véhiculés par les magazines féminins et les blogs sur ce que doit être un rapport sexuel : ce ne serait pas forcément une pénétration mais aussi la masturbation.

16h29 : Odile, gynécologue, reproche que les élites médicales soient, elles mêmes, « androcentrées ». « La première description anatomique juste du clitoris date de 1998, rendez-vous compte !  » Autre phrase choisie : « les femmes n’ont pas de problème, il n’y a que de mauvais baiseurs ». Dans les manuels de sciences, biologie, on ne dessine pas le sexe féminin, pas seulement  le clitoris mais la vulve aussi. « Il faudrait changer les cours de bio mais aussi l’éducation civique où on doit étudier le genre, les genres ». Cette gynécologue annonce qu’elle va échographier  son premier sexe de transsexuel. Une nouveauté. « Ils sont très demandeurs », précise-t-elle.

16h46 : Damien Mascret, auteur de La revanche du clitoris avec Maïa Mazaurette, est le dernier intervenant. « Les hommes consultent souvent parce qu’ils jouissent trop vite ou ont des problèmes d’érections. Mais , les femmes, elles, ne consultent jamais parce qu’elles jouissent trop vite ! On propose souvent ce cas clinique à nos étudiants et quand on dit que le souci concerne une femme, ils ne savent plus quoi répondre ». 30% des femmes ont des rapports sexuels sans pénétration indépendamment des problèmes d’érection, rappelle-t-il. Damien Mascret est très pédagogue. Avec une élocution parfaite, il séduit son public. « 50% des femmes sont satisfaites lors d’un rapport sexuel avec pénétration, c’est 80% avec un rapport oral, 70% avec la masturbation et 85% pour les trois pratiques à la fois. Mais évidemment que toutes les femmes ne préfèrent pas la masturbation à la pénétration ! Quand on a parlé du clitoris, on nous a accusé d’être contre la pénétration ! Evidemment que non, on adore ça ! » Il poursuit sur un autre thème : « On n’est pas obligé de mettre le mot amour sur du sexe ! On peut aussi faire ça pour le plaisir ». Là, il donne l’impression qu’on est dans un cours de sexualité pour les enfants. Comme s’il n’avait pas envie de choquer les féministes les plus coincées. Après quelques conversations dans les couloirs, j’avoue qu’il y en a, des anti-pornos par exemple.

18h32 : C’est le début d’une séance de débat en petits groupes pour débattre du texte de sortie des premières rencontres d’été. Beaucoup de revendications sont attendues, le vocabulaire est vague, il n’y a pas de propositions concrètes.  Dans les séances, les filles pinaillent sur le texte, un morceau de phrase pas clair, l’ordre des propositions… Mais ce n’est pas le but. Il s’agit d’utiliser ce week-end pour élaborer un socle d’idées à soumettre aux partis politiques, histoire de faire peser les questions féministes sur le débat présidentiel.

Les 9 propositions évoquent l’égalité professionnelle, la lutte contre les violences et discriminations, l’accès à la contraception, la parité dans les instances politiques (notamment dans les collectivités territoriales après la réforme), les droits égaux quelle que soit l’orientation sexuelle, etc. La proposition d’accorder le droit d’asile aux féministes pourchassées en même temps qu’aux victimes de violences unifie les victimes de l’étranger.

L’une des propositions surprend. Rassure peut-être. C’est la dernière et plus concrète : « Que l’Etat reconnaisse comme essentiel le travail mené par les associations féministes et leur affecte des financements pluriannuels conséquents, indispensables à la mise en oeuvre d’actions pérennes ». Pas bête, Osez le féminisme qui bénéfice de peu de moyens financiers est parfois limité dans ses campagnes. Mais, rappelons que le mouvement avait été lancé pour soutenir le financement des Planning familiaux. L’association ne tire donc pas la couverture à soi mais réplique que si d’autres associations d’utilité publique y ont droit, pourquoi pas les organisations de femmes ?

Léa Lejeune

Los indignados: « Non à la propagande machiste »

juin 2, 2011

Les échos qui nous reviennent des places espagnoles occupées par les « indignados » parlent de capitalisme, démocratie, dette souveraine, banques…

Les slogans féministes ont mis un peu de temps à déloger les pancartes « les hommes politiques sont des fils de putes », et les revendications féministes ont reçu un accueil mitigé à Madrid notamment.

Assemblée populaire à San Sebastian. Photo de "Ceronegativo"

Mais à San Sebastián les féministes ont réussi à faire passer leur message comme en témoigne ces deux affiches  accrochées sur le kiosque de la place centrale de la ville. Un souvenir de weekend de la maman et du beau-papa de Léa…

C’était le dimanche 29 mai, le jour du grand sit-in organisé sur la place principale de la ville basque. Tous les participant-es étaient invités à inscrire leurs doléances et à prendre la parole tout-à-tour.

« Nous proposons d’ajouter une perspective féministe à cette initiative car elle l’enrichit »

Propositions féministes :

Propositions féministes des Indigné-e-s

– répartir la co-responsabilité des travailleurs

– rendre plus visible et comptabiliser en termes économiques les taches domestiques (ménage, garde des enfants, etc..)

avoir le droit et non pas le devoir de s’occuper des autres (pour les femmes)

– des droits sociaux qui ne soient plus seulement liés à l’emploi

– pas de féminisation de la pauvreté : non à la précarité du travail

suite des propositions féministes. San Sebastian.

Santé:

pour le droit à l’avortement libre et gratuit (rappelons que l’avortement est légal depuis un an, mais certaines régions espagnoles rechignent toujours à mettre en application la loi)

– non à la discrimination (sexuelle) dans l’espace public

– non à l’approche uniquement médicale du corps des femmes

– pour la mise à disposition publique de méthodes contraceptives et les menstruations (règles ndlr)

Ensuite en matière d’éducation, ils/ elles se positionnent :

– contre un enseignement machiste et pour enseigner le féminisme

– pour parler plus des femmes dans l’Histoire (celles qui sont des figures historiques, et mais aussi celles qui globalement ont eu un rôle dans les évènements)

– pour encourager la parole des femmes et faciliter leurs prises de parole à l’école

– pour le boycott des jeux sexistes.

Ariane Lavrilleux

Hommes vs Femmes : et si on inversait les rôles?

mai 31, 2011

Certains hommes ne se rendent pas toujours compte du sexisme ambiant auquel ils participent dans la rue, au travail, dans les bars… Pour dénoncer la chose avec humour, Osez le féminisme et quelques comédiennes de bon goût, ont imaginé des situations où les rôles seraient inversés. Et où les femmes deviendraient sexistes… Bizarrement, ces situations quotidiennes révèlent toute leur absurdité !

Jeunes hommes, et si vous vous faisiez alpaguer dans la rue comme ça :

Employés de bureau, et si en réunion on vous traitait comme ça :

Il y a aussi une petite vidéo cette fois sur le thème « Les femmes ne comprendront jamais les hommes, qui eux ne rêvent que de la Princesse Charmante »… Voir ici.

Ariane Lavrilleux