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Déserter Tahrir, c’est soutenir les violeurs

novembre 25, 2011

Ce matin, croyant surement bien faire, Reporters Sans Frontières –censé défendre les journalistes quelque soit leur sexe je le rappelle- exhortait les rédactions à ne plus envoyer de femmes au Caire car trop de femmes se sont faites violées en peu de temps. Effectivement cette semaine, place Tahrir, deux journalistes, l’une égyptienne, l’autre française se sont faites violemment agressées par des hommes qui n’étaient pas des manifestants mais (pour certains) des membres des services de sécurité égyptiens.

Oui parce que les braves Reporters sans Frontières ont oublié de préciser que les hommes journalistes qui accompagnaient ces reporters se sont aussi fait tabasser. Mais pour eux ce n’est pas pareil, ben non ce sont des hommes, ils s’en remettront ! Par contre les femmes, ces êtres chétifs seront brisés à jamais.  Peut être qu’il faudrait envoyer un exemplaire de King kong théorie à Julliard…

Et comme le disent plusieurs reporters de sexe féminin à Libération « on ne va pas cantonner les femmes aux reportages sur les soldes » .

Marie-Laure Colson (dont je croise la route par chance à Montpellier) ancienne reporter, est aussi de cet avis. Elle qui a parcouru les champs de bataille pendant une dizaine d’années pour Libération, en a vécu des situations périlleuses. Certes jamais aussi traumatisantes que les agressions qu’ont subies Caroline Sinz  et Mona Eltahawy.

Mais quand on la pousse un peu elle vous raconte cette petite histoire « où il fallut ramasser un député congolais qui se faisait tabasser par les milices », l’emmener dans une voiture « avec des vitres qui fermaient pas » et évidemment « se faire un peu taper dessus ». Marie-Laure n’a pas froid aux yeux, mais n’a jamais pris de risques inconsidérés. Elle a fait son travail de journaliste assure-t-elle.

« Le danger est invisible jusqu’au dernier moment »

Jamais, elle ne s’est dit « en tant que femme, je ne dois pas y aller ». Pourtant de la Serbie, au Rwanda en passant par Cuba, elle en a vu des cadavres et des villes assiégées.

Pour les reporters, hommes ou femmes, les enlèvements sont leur pire crainte dans ces zones de conflits. « On peut tout préparer, baliser le trajet, le véritable danger est invisible jusqu’au dernier moment. »

Le reporter est aussi impuissant face aux mouvements de foule… par définition incontrôlables. Et donc effectivement, dans ces cas là il vaut mieux se mettre à l’écart.

Mais en Egypte ce n’est pas ce qui s’est passé : « c’était de l’intimidation. Ces hommes n’ont pas attaqués ces journalistes uniquement parce qu’elles étaient des femmes. C’était pour leur dire de partir. »

Non seulement le communiqué de Reporters sans frontières est « machiste », mais dire qu’il ne faut plus y aller c’est se rendre complice : « ça donne raison aux agresseurs qui veulent empêcher les journalistes de raconter ce qu’ils se passent place Tahrir ».

Reconnaissons que RSF, plus que gêné par le débat suscité par son initiative, a jugé bon de nuancer son propos. L’ONG aura eu le mérite de révéler l’inconscient d’encore beaucoup trop de journalistes et rédacteurs en chef.

Ariane Lavrilleux

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5 commentaires leave one →
  1. novembre 26, 2011 4:02

    Le premier communiqué de RSF était de bon sens. Il ne faisait que donner des recommandations évidentes.

    Ton opinion est celle d’une journaliste qui sait parfaitement qu’elle ne mettra pas les pieds là-bas.

    Imaginons un redac chef qui veut fait un reportage sur les meurtres d’albinos au Zimbabwe. Il a justement un journaliste afro albinos. S’il a un gramme de conscience professionnelle, il enverra un autre journaliste.

    Ca vaut dans plein d’autres situations: approcher des groupes neo-nazis soupçonnés de meurtres sur des ressortissants étrangers.

    Est-ce que les médias américains envoient des journalistes juifs pour tenter d’interroger des fanatiques antisémites? J’espère que non. L’un d’eux s’est fait décapiter en Afghanistan. Lorsque la situation est déjà explosive, on évite d’ajouter des facteurs de risque.

    Le journalisme ne se réduit pas à l’alternative Place Tahrir ou Soldes.

    Il y a aussi pleins de reportages qui sont plus accessibles aux femmes (pour x ou y raisons: présence de tout homme prohibée, plus facile d’obtenir des infos si l’on est une femme etc).

    Les hommes ne crient pas à la discrimination. Ils acceptent la réalité.

     » censé défendre les journalistes quelque soit leur sexe je le rappelle »

    Défendre les journalistes quel que soit leur sexe ne veut pas dire: être incapable de prendre en compte les risques particuliers que peuvent encourir certains d’entre eux.

    Si une journaliste connaît les mêmes désaventures à Tahrir dans les jours qui viennent, je prédis que beaucoup de commentateurs souligneront son inconscience.

    Les journalistes inconscients ne sont pas de bons journalistes.

    • novembre 30, 2011 2:38

      Oui effectivement Cécile, le titre est volontairement provocateur. par ailleurs on peut faire une hiérarchie entre les agressions d’un point de vue pénal, mais il me semble maladroit de comparer les traumatismes.

      Je suis d’accord avec toi Enzo, c’est au journaliste (en concertation avec sa rédaction) à évaluer le risque… ça doit rester subjectif et en aucun cas basé sur des quelconques critères de sexe ou autre.
      Quant à Nico, je souscris à la réponse de Cécile.

      et encore une fois, comme le dit Marie Laure Colson, le risque est très difficile à évaluer. Même en étant extrêmement prudent, le journaliste comme n’importe quel civil peut se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

  2. Cécile permalink
    novembre 26, 2011 3:21

    Autant je suis d’accord sur le fond de l’article, mais pas vraiment sur la forme.
    En effet les propos de RSF sont « maladroit » (c’est un euphémisme) et ils m’ont fait le même effet que toi : est ce qu’on ferait ce genre de mises en garde à des hommes ?.

    Par contre, le titre de l’article m’a fait bien réagir : si certaines femmes décident de na pas y aller, je ne leur jetterai pas la pierre. Je me suis dit que le côté provoc était surement fait exprès : « soutenir les violeurs », néanmoins …
    Tu précises que les hommes se font tabasser, mais bon faut pas déconner c’est quand même pas la même chose que se faire violer !!! Après on va pas non plus faire une gradation entre les agressions, on n’est pas là pour ça.

    Enfin pour réagir au commentaires de Nico, quand tu dit « Est-ce que les médias américains envoient des journalistes juifs pour tenter d’interroger des fanatiques antisémites? » : évidemment que non, mais bon, est ce que tu sous entends que tout les musulmans sont des violeurs ??? Je ne pense pas (enfin j’espère pas), partant de là, y’a pas de raisons d’envoyer un homme plutôt qu’une femme ! L’Égypte ou la place Tahrir, n’est pas peuplée que de violeurs ou de types qui agressent sexuellement des femmes !

    Bon je vais pas non plus m’étaler mais je pense qu’un peu de nuance est nécessaire : l’essentiel c’est que les femmes soient avertis des risques qu’elles encourent de manière à mieux se protéger ! A part ça qu’elles fassent leur boulot comme elles l’entendent, des risques y’en a partout !!!

    Bon courage

  3. Enzo permalink
    novembre 27, 2011 5:42

    Et si le risque était à apprécier par chacun et par chacune. Ce qui se passe place Tharir n’est juste qu’une nouvelle déclinaison de la question du reporter de guerre: jusqu’ou suis-je prêt à aller pour faire un reportage ?

    Il ne suffit pas d’être violé(e) place Tharir (ou de s’y faire fracasser) pour être un « bon » reporter, ou un « mauvais ».

    Que les rédactions veuillent faire courir le moindre risque aux autres en envoyant la bas que les reporters (femmes ou hommes, on s’en fou) qui sont volontaires, ou est le pb ?

    Un peu chelou, le jugement de valeur sur les soldes. Ya aussi des petites hiérarchies, entre « chers confrères » ? 😉

  4. Fafa permalink
    novembre 30, 2011 4:14

    Dommage Nico, la journaliste en question y est allée…

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