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Les Morues: un roman sur les (vraies) filles d’aujourd’hui

août 23, 2011

Morue, nom féminin : désigne, en argot, les femmes de mauvaise vie, les prostituées, les filles faciles, souvent utilisé comme une insulte…

C’est un peu ce qu’est Ema, une trentenaire qui se rend à l’enterrement de sa « BFF* », Charlotte. La jeune femme se serait suicidée. Au fil des pages, Ema commence à en douter. L’anti-héroïne profite de son statut de journaliste pour mener une enquête tous azimuts avec sa bande de copines résolument infréquentable. Elles découvrent, les dessous – assurément troubles – de la réforme des politiques culturelles en fouillant dans le quotidien de l’amie perdue.

Ce qui surprend, tout d’abord,  dès les premières pages, c’est l’écriture. Agréable, d’un Français correct, elle est enrichie de quelques citations truffées de putain-merde-verlan, comme on parle aujourd’hui, même un diplôme de Sciences po en poche. Ce phrasé donne l’impression de ne pas lire du Titiou. L’auteur, aussi pigiste chez Slate et blogueuse (sexe et lolcats) chez Girls and geeks nous avait habitués à un style enfantin, des phrases incorrectes intentionnellement, une narration self-centrée et brouillonne. Le contre-pied pris ici est une bonne surprise.

 

Un roman générationnel

Si l’intrigue des Morues démarre lors d’un enterrement c’est aussi pour annoncer la couleur. Pas toute rose. L’histoire de filles offerte par Titiou Lecoq ne joue pas dans la cour de la « chick lit »… Les Morues fait figure de roman générationnel. Chez Titiou, la précarité de l’emploi, le « binge drinking » et le féminisme nouvelle génération tiennent des rôles de héros. Internet aussi. Les personnages sont branchés H24, séduisent sur les réseaux sociaux. Des usages qui n’existaient pas il y a dix ans. – Même si on a envie de glisser à l’auteur que Myspace est dépassé et qu’il faudrait qu’elle se mette à « tweeter ». ( @titiou ) – En fin de chaque chapitre, l’auteur suggère une playlist, afin de dévorer les pages, une oreille pendue à Spotify. Un bel essai de lecture bimedia.

A chaque génération ses relations amoureuses. Les Morues en offre un tableau réaliste. Ema, célibataire par conviction, peine à s’ouvrir lorsque sa relation « libre » dérive en couple. Elle refuse cette convention sociale, crache sur le mariage d’une pote. On en vient même à regretter qu’elle finisse par céder au conformisme.

Car le thème du (non) couple est l’un des premiers jalons du féminisme moderne dont l’auteur expose sa vision ici. L’autre c’est l’après-viol d’un des personnages. Pas de honte. Pas de regret. Pas de victimisation. Pour seul changement, une sexualité un peu plus libérée. Autre élément féministe, les filles tolèrent plus ou moins la prostitution (choisie). Dès lors on distingue mieux pourquoi, un éditeur du Diable Vauvert parlait d’ « un roman post-Despentien ». Les règles morales des personnages, les thèses qu’ils admettent sans trop discuter, parcourent King Kong théorie , voire l’entière œuvre de la romancière couillue et primée. Le livre sur lequel parie le Diable Vauvert est annoncé « en lice pour des prix et des sélections ». Aux Diablogues du vagin, on espère que Titiou pourra suivre jusqu’au bout les traces de son modèle.

Léa Lejeune

* Best friend forever, comprendre « meilleure amie d’enfance ».

Les Morues, Titiou Lecoq, sortie le 18 août 2011, « Au Diable Vauvert ».

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One Comment
  1. août 23, 2011 9:22

    Vivement le film !

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