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Live blog Rencontres féministes d’été

juillet 2, 2011

Ces 2 et 3 juillet 2011, « Féministes en mouvement », les premières rencontres d’été sont organisées à Evry, dans l’Essonne. L’initiative vient – encore une fois – d’Osez le féminisme !, ce mouvement très présent dans les médias ces derniers mois. 40 associations environ les ont rejoint. Causette soutient l’initiative : tenter d’unifier les mouvements féministes l’espace d’un week-end, débattre, faire évoluer les positions. Une a refusé expressément, j’en saurais plus toute à l’heure…

10h40 : Live-bloguer, live-bloguer, je veux bien, mais il fallait assurer sur l’organisation. Déjà, se rendre à Evry un samedi matin n’a jamais été simple. Arrivée à 10h10, j’ai déjà loupé la séance d’ouverture. J’accède à l’amphi juste à temps pour l’assemblée plénière. Au lieu d’être ouverte par Catherine Vidal, neurobiologiste bien connue (cf. Billet de blog sur le numéro spécial de Charlie Hebdo), c’est Françoise Picq, militante MLF et historienne qui s’en charge. Bon choix d’intervenante. Elle aborde les notions de base : cerveau, différence biologique, égalité, sororité, etc. Rien de neuf sous le soleil violet (couleur débattue sur ce blog et présente sur tous les flyers des rencontres).

10h53 : La seconde intervenante est Olga Trostiansty, coordinatrice du Lobby européen des femmes en France. « Je suis choquée par le peu de femmes artistes par rapport aux hommes », dit-elle. « Nous travaillons beaucoup sur les droits des femmes migrantes au Lobby, c’est un sujet primordial en France ». « L’égalité entre les hommes et les femmes est une question indispensable pour le progrès social. Je souhaite que cette question pèse lors des présidentielles ». Elle rappelle aussi que Valls était là tout à l’heure… Oups je l’ai loupé ! OLF, bras du PS ? La question reste en suspend…

11h04 : La parole est au public. D’ailleurs, il est nombreux ce public, 300 personnes environ, beaucoup de jeunes et bien sûr…une large majorité de filles. L’une rappelle que Valls a dit : « le combat des femmes est uniquement dans la sphère privée…je suis déçue qu’on puisse penser ça… », précise-t-elle. Pour une autre, l’unité est le maître mot comme « enjeu contre le capitalisme pour faire bouger la société ».

Une militante d’OLF : « je sais qu’il y a des oppositions entre les mouvements, des idées différentes, est-ce qu’au Lobby, vous pensez que ces organisations peuvent se mettre d’accord ? Notamment quand on regarde les mouvements qui naissent à droite. »

11h16 : Réponse d’Olga : « La parité dans les partis politiques, c’est maintenant qu’elle est en train de s’organiser. On reste à 18%, on va pas arriver aux 40% si on n’est pas active pour entendre les partis politiques dès AUJOURD’HUI ». « Quand à l’aspect privé, si on en parle, c’est parce que depuis des années, le ménage et la garde des enfants, c’est une charge des femmes depuis des années. Même s’il y a des bonnes pattes ces dernières années ».

11h20 : Si j’en crois le cameraman qui était à côté de moi il y  a quelques minutes, le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir filme les rencontres pour en garder une trace.

Une étudiante en sociologie qui s’intéresse aux retraites des femmes : « On ne parle pas assez de la dépendance. Pendant le débat sur les retraites, les femmes dépendantes ont perdu une allocation pour les plus âgées, comment peuvent-elles la récupérer ? Pourquoi est-ce qu’on n’en parle pas ? »

Réponse de Picq : « Les associations féministes ne sont pas associées aux prises de positions de l’Etat et des syndicats sur ces sujets d’abord.Ensuite, on a demandé à Woerth de faire des analyses sexués pour les retraites, ils nous a répondu ‘c’est hors sujet!’. Pourtant, c’est nécessaire. La même question se pose sur la dépendance. D’autant plus que les femmes sont destinées à vivre plus longtemps et que les femmes s’occupent des personnes dépendantes dans leur famille, comme dans certains métiers ».

11h27 : Discours d’une militante, « nous sommes toutes des militantes, nous sommes toutes des femmes… » Râles et rires dans la salle, les hommes présents revendiquent leur présence. Joli lapsus.

11h33 : Une militante OLF : « La question du différencialisme et des différences de nature, c’est un des premiers problèmes. Dans les discussions, c’est ce sur quoi on bute en premier. A mon avis, il peut pas y avoir d’égalité dans la différence, ni dans la complémentarité. Quand on considère que les femmes s’occupent des enfants parce qu’elles les portent, c’est une injustice. Pour moi, l’injonction de maternité vient de l’essentialisme . La loi sur la parité, c’est un mal nécessaire, une stratégie pour aller plus vite, c’est pas pour toujours. Je sais que c’est difficile à expliquer par rapport au concept universaliste, mais c’est un mal pour un bien ».

Un mec applaudit : « Je suis socialiste donc je suis essentiellement féministe! » Il est coupé pas les râles des filles… Elles ne sont pas dupes, pour elle le lien n’est pas évident, vient des personnes.

11h41 : Une militante jeune militante, blonde et très jeune, maintient ne pas être l’héritière du féminisme des années 70. Mais comment peut-on encore parler dans ce type de réunion sans connaître l’historique des idées qu’on défend ? Elle est huée et poursuit : « Je suis persuadée que le féminisme peut être de droite comme de gauche ». Cette affirmation ne convainc toujours pas dans l’assemblée.

11h52 : Une autre :  « Je ne suis pas d’accord sur cette théorie qui dit que le féminisme doit dorloter les hommes, les prendre par le bon bout ». Rires.

Une autre : « L’argent c’est le nerf de la guerre. Nous préparons un fond qui finance des projets de femmes au Nord comme au Sud. Venez vous renseigner! » Problème ? J’ai pas entendu le nom de l’association, je vous tient au courant.

11h58 : Françoise Picq : « L’une des démarches des féministes est de regarder dans l’histoire et de comparer. Dans les années 70, on disait que les féministes étaient des bourgeoises qui voulaient participer à la réussite de leur classe. Aujourd’hui, on dit qu’elles ne se préoccupent pas des inégalités. Il n’y a pas beaucoup d’histoire des femmes au Lycée, mais y en avait pas du tout il y a 50 ans. Ya rien de mieux que de partir de fausses idées pour pouvoir les corriger ! »… Sur le thème du gendre et du queer, « J’ai pas envie de vivre dans un mode où toutes les différences seraient effacées ».

Pause Repas

Au détour d’un plateau repas, j’y apprend que le collectif La Barbe a refusé de se joindre officiellement aux rencontres. La cause ? Le mouvement n’a pas su trouver une position commune. Certaines sont là mais ne représentent qu’elles mêmes.

Je débats avec une femme qui dit être l’ex d’un proxénète, s’énerve, se positionne de manière très prohibitive sur la prostitution et l’assistance sexuelle aux handicapés. Discourir semble faire remonter en elle beaucoup de souffrances passées.

Fin du repas

14h : Reprise des festivités. Elles sont organisées en ateliers débats. Pour le début de l’après-midi, j’ai choisi le thème :

« Les images sexistes des femmes dans la publicité et les médias : une entrave à la Libération sexuelle »… Pour l’instant, on ne parle pas du tout de libération sexuelle, ni de sexe. Plutôt de stéréotypes. La meute contre la publicité sexiste  – collectif affilié aux Chiennes de garde – cite les trois campagnes qui ont fait du buzz ces dernières semaines : mon minou tout doux (Veet), l’éducation nationale et les T-shirts Petit bâteau. Cette dernière n’est pas vraiment de la publicité plutôt un objet marketing chargé de sens. A Toulouse, Pataugas a fait une pub avec des femmes sandwichs portant des corps de femmes nues dessus. Assez bof.

En Argentine, il existe une loi contre la violence sexiste. Est-ce que ça existe en France ? « Non, il y a une loi contre la discrimination dans les médias mais il n’y a rien contre les stéréotypes et la loi contre la discrimination fait la différence entre racisme et homophobie d’un côté et sexisme de l’autre », explique Marie-Noëlle Bas.

L’un des leviers de lutte contre ces pubs : le boycott. Problème, on n’a pas le droit de faire du boycott en France. Une fille propose : « écrivez des lettres aux annonceurs, c’est un moyen détourné de réagir ».

14h23 : Dans le fond, une personne dort, main sous le menton, yeux clairement clos. C’est l’un des quelques hommes. #JDCJDR

Un autre homme fait remarquer que « la pub n’existe pas sans les stéréotypes sexistes ». « Du coup, moi ce qui me choque, c’est l’utilisation du corps humain, celui de la femme, pour vendre un objet sans rapport ».

14h46 : Une autre intervenante : « J’attends que les hommes se plaignent qu’on les fasse passer pour des blaireaux qui savent pas changer des couches »… »Ok, les publicitaires présentent enfin des pères en action au foyer, mais ils les présentent comme ‘pas fait pour ça’, pas douées. Avec cette nouvelle image, les femmes vont peut-être y perdre encore plus ». Du coup, on propose de créer un organe avec les annonceurs, les marques, mais aussi la société civile. La rapporteuse de séance le note.

14h57 : « C’est la répétition qui fait le problème ». Marie-Noëlle propose de « coller les unes à côté des autres le maximum de publicités comme ça. Ca nous marquerait plus ».

15h : L’atelier pub est fini… On n’a pas du tout parlé de libération sexuelle. Je suis déçue.

Pause

16h17 : Atelier : Les plaisirs féminins : un sujet politique.

Lucie Sabot, une militante OLF revient sur la campagne Osez le clito. Elle s’attaque à certains préjugés. Celle-ci est assez marrante et riche symboliquement : « Le vagin est un muscle préhenseur, c’est donc lui qui prend le sexe masculin. La notion de pénétration aujourd’hui est biaisée ». Qu’en pensez-vous ? Lucie Sabot démonte les discours normateurs véhiculés par les magazines féminins et les blogs sur ce que doit être un rapport sexuel : ce ne serait pas forcément une pénétration mais aussi la masturbation.

16h29 : Odile, gynécologue, reproche que les élites médicales soient, elles mêmes, « androcentrées ». « La première description anatomique juste du clitoris date de 1998, rendez-vous compte !  » Autre phrase choisie : « les femmes n’ont pas de problème, il n’y a que de mauvais baiseurs ». Dans les manuels de sciences, biologie, on ne dessine pas le sexe féminin, pas seulement  le clitoris mais la vulve aussi. « Il faudrait changer les cours de bio mais aussi l’éducation civique où on doit étudier le genre, les genres ». Cette gynécologue annonce qu’elle va échographier  son premier sexe de transsexuel. Une nouveauté. « Ils sont très demandeurs », précise-t-elle.

16h46 : Damien Mascret, auteur de La revanche du clitoris avec Maïa Mazaurette, est le dernier intervenant. « Les hommes consultent souvent parce qu’ils jouissent trop vite ou ont des problèmes d’érections. Mais , les femmes, elles, ne consultent jamais parce qu’elles jouissent trop vite ! On propose souvent ce cas clinique à nos étudiants et quand on dit que le souci concerne une femme, ils ne savent plus quoi répondre ». 30% des femmes ont des rapports sexuels sans pénétration indépendamment des problèmes d’érection, rappelle-t-il. Damien Mascret est très pédagogue. Avec une élocution parfaite, il séduit son public. « 50% des femmes sont satisfaites lors d’un rapport sexuel avec pénétration, c’est 80% avec un rapport oral, 70% avec la masturbation et 85% pour les trois pratiques à la fois. Mais évidemment que toutes les femmes ne préfèrent pas la masturbation à la pénétration ! Quand on a parlé du clitoris, on nous a accusé d’être contre la pénétration ! Evidemment que non, on adore ça ! » Il poursuit sur un autre thème : « On n’est pas obligé de mettre le mot amour sur du sexe ! On peut aussi faire ça pour le plaisir ». Là, il donne l’impression qu’on est dans un cours de sexualité pour les enfants. Comme s’il n’avait pas envie de choquer les féministes les plus coincées. Après quelques conversations dans les couloirs, j’avoue qu’il y en a, des anti-pornos par exemple.

18h32 : C’est le début d’une séance de débat en petits groupes pour débattre du texte de sortie des premières rencontres d’été. Beaucoup de revendications sont attendues, le vocabulaire est vague, il n’y a pas de propositions concrètes.  Dans les séances, les filles pinaillent sur le texte, un morceau de phrase pas clair, l’ordre des propositions… Mais ce n’est pas le but. Il s’agit d’utiliser ce week-end pour élaborer un socle d’idées à soumettre aux partis politiques, histoire de faire peser les questions féministes sur le débat présidentiel.

Les 9 propositions évoquent l’égalité professionnelle, la lutte contre les violences et discriminations, l’accès à la contraception, la parité dans les instances politiques (notamment dans les collectivités territoriales après la réforme), les droits égaux quelle que soit l’orientation sexuelle, etc. La proposition d’accorder le droit d’asile aux féministes pourchassées en même temps qu’aux victimes de violences unifie les victimes de l’étranger.

L’une des propositions surprend. Rassure peut-être. C’est la dernière et plus concrète : « Que l’Etat reconnaisse comme essentiel le travail mené par les associations féministes et leur affecte des financements pluriannuels conséquents, indispensables à la mise en oeuvre d’actions pérennes ». Pas bête, Osez le féminisme qui bénéfice de peu de moyens financiers est parfois limité dans ses campagnes. Mais, rappelons que le mouvement avait été lancé pour soutenir le financement des Planning familiaux. L’association ne tire donc pas la couverture à soi mais réplique que si d’autres associations d’utilité publique y ont droit, pourquoi pas les organisations de femmes ?

Léa Lejeune

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