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Pourquoi acheter le hors-série de Charlie Hebdo ?

mai 12, 2011

Début avril, le magazine Charlie Hebdo a sorti un numéro spécial « Le féminisme est l’avenir de l’homme ». Pas étonnant, le sujet est de plus en plus populaire dans les médias. Et Charlie affirme un penchant pour ces mouvements dans ses pages…quand ses anciens journalistes ne fondent pas des magazines comme Causette. Deux des membres de la rédaction ont fait leurs classes dans le périodique satirique.

L’éditorial sonne comme du déjà vu. Gérard Biard y rappelle la pauvreté des femmes dans le monde en quelques chiffres, la faible représentation dans les instances politiques, etc. Mais quand on lit toutes les petites lignes de l’exemplaire, Charlie distille des informations qui ont un prix. Je les ai listées pour vous afin de vous convaincre de l’acheter pour 6 euros. Il vous reste jusqu’à fin mai.

  • On l’oublie facilement. Le premier journal français « féminin et féministe » s’appelait La Fronde. Paru pour la première fois en 1897, il comptait parmi ses rédactrices, Marguerite Durand, comédienne, Clémence Royer, une traductrice des textes de Darwin, ou encore Madeleine Pelletier, une médecin mais aussi une militante pour le port du pantalon.
  • On retient l’idée. Les militantes du mouvement La Barbe ne font pas (que) se promener dans des lieux de pouvoir avec leur attribut masculin en moquette. Non, Alix Béranger, l’une des co-fondatrices, place une de leurs revendications peu connues. « Nous demandons une chose simple : l’organisation d’une nuit d’abandon des privilèges des hommes. Comme la nuit du 4 août, pendant la Révolution française. Que des hommes disent : c’est vrai, nous avons le pouvoir économique, politique, culturel, médiatique, social, et, cette nuit, nous décidons d’abandonner ces privilèges. Que les directeurs de journaux démissionnent au profit de directrices… Ce jour-là, on aura fait un pas en avant mais il doit venir des hommes ».
  • On découvre. …Enfin, surtout moi qui ne suis pas très calée en musique ! Le groupe (sans genre) Men, dans lequel jouent des ex membres du groupe Le Tigre. Ces femmes, comme le nom ne l’indique pas, font de la musique en demandant à être traitées à l’égal de leurs homologues. Et ça marche. JD Samson s’avoue moins victime de discrimination mais affirme n’être plus programmée que par des salles qui comprennent leur combat.
  • On ne le sait pas du tout. Une gynécologue dans un numéro sur le féminisme ? Pourquoi pas. Odile Buisson, spécialiste de la réparation des mutilations sexuelles nous éclaire sur plusieurs points. Saviez-vous que « c’est à partir de la douleur africaine qu’on est arrivé à la redécouverte du clitoris. Leurs mutilations ont permis d’attirer l’attention sur cet organe qui avait été complètement négligé en Occident. » ? Ou que 30% des femmes ont les petites lèvres qui dépassent des grandes lèvres ? Bien des magazines féminins considèrent cette différence physique comme une tare, certaines femmes ont recours à la chirurgie esthétique pour les cacher. Et pourtant avec 30% de personnes concernées, c’est dans la normalité.
  • On n’y pense pas. Caroline de Haas, co-fondatrice du mouvement Osez le féminisme,  propose un mécanisme ingénieux pour convaincre n’importe qui de s’avouer féministe. Elle se base sur un film de Carole Roussopoulos Lip Monique. « Dans une scène une ouvrière disait : ‘je vais vous raconter la grève, mais je vais remplacer le mot ‘femme’ par ‘arabe’ et le mot ‘homme’ par ‘petit blanc’. Donc, le matin, les Arabes vont préparer le café, pendant que les petits blancs se réunissent pour discuter du mouvement, puis les Arabes vont imprimer les tracts que les petits blancs ont rédigé pendant la journée…’ C’est d’un racisme, ça donne envie de pleurer… Quand on me parle de la responsabilité des femmes ou des nouveaux droits qu’il faudrait demander pour les hommes, je demande : ‘Dans quelle réunion prendriez-vous la parole pour dire ‘quand même, les Noirs, ils sont un peu responsables’, ou bien ‘on aura une société vraiment égalitaire en donnant de nouveaux droits aux blancs’. Ca choquerait ! »
  • On leur reproche pas assez. Questionnée sur le besoin des femmes de se réapproprier la violence, principe admis par l’école féministe américaine, Virginie Despentes souligne que les américains sont loin d’être irréprochables. L’argument, simple, frappe par son aspect imagé, voire comique. « A Hollywood non plus, il n’y a pas de grands films avec des garçons qui courent se cacher dans les bois tout nus, et ce n’est pas un hasard… C’est des filles à gros seins, alors c’est rigolo parce qu’elles ont des gros seins, mais c’est quand même toujours, toujours, des filles en train de crier. Si on doit voir des gens se faire ‘sadiser’ au cinéma, j’aimerais bien voir un 50 Cent ou un petit minet, à genoux, en train de pleurer ». Virginie Despentes ne doit pas bien connaître Buffy contre les vampires (1997). La série signée Joss Whedon surfait sur cette idée de renversement des genres. La blonde à forte poitrine mimi et sexy – celle qui se fait tuer dans Souviens-toi l’été dernier d’ailleurs – devenait la tueuse des grands méchants vampires virils. Du sadisme à l’épreuve des genres.
  • On en tient pas compte parce que ça nous emmerde. D’après Catherine Vidal, neurobiologiste, le cerveau a un sexe d’une certaine manière… Puisqu’il contrôle toutes les fonctions physiologiques associées à la reproduction, il est sexué. « Par exemple, dans le cerveau des femmes, il y a des régions qui s’activent chaque mois pour déclencher l’ovulation. Or, on ne voit pas cette activité cyclique dans le cerveau des hommes ».
  • On rit jaune en l’apprenant. D’après Françoise Héritier, « le Bureau international du travail a calculé qu’en prenant en considération les différentes avancées de la seconde moitié du XXème siècle en Occident, et si on continuait à la même vitesse, il faudrait encore cinq siècles pour arriver à la parité salariale ». Rires. Jaunes. Je propose à Osez le féminisme de rajouter cette citation dans son prochain exemplaire de Vie de meuf, le sexisme ordinaire illustré qui sort le 18 mai.

  • On ne l’aurait pas deviné. Le Rwanda est féministe de deux manières différentes. C’est le seul pays au monde  où les femmes sont majoritaires au Parlement avec 45 députées sur 80. Parce que selon sa Constitution, si 30% des élus ne sont pas de sexe féminin, les élections sont annulées et recommencent. Une campagne pour la vasectomie organisée par le Planning Familial a popularisé cette pratique. Ainsi, dans ce pays, la charge de la contraception ne repose plus uniquement sur les épaules des femmes.
  • On met tout le monde dans le même sac…à tort. Les féministes françaises actuelles ne s’accordent toujours pas quand à la position à tenir sur la prostitution. D’un côté, Florence Montreynaud, historienne et co-fondatrice des Chiennes de garde raconte : « (Les prostituées qui se revendiquent féministes) nous imposent de devenir encore plus subtiles. Elles utilisent une revendication que nous formulions il y a quarante ans en toute liberté et en toute innocence, quand nous disions : ‘Mon corps est à moi !’ Or, maintenant, c’est utilisé pour revendiquer une souffrance, une humiliation, une soumission à des procédés indignes au nom d’une prétendue liberté… Evidemment, ‘se prostituer’ est un acte volontaire. L’ennui c’est que dans l’écrasante majorité des cas la prostitution concerne des femmes qui ‘sont’ prostituées. Les quelques personnes qui paradent dans les médias ne parlent que d’elles-mêmes et ne peuvent prétendre représenter les 99% d’autres personnes concernées.  A l’inverse, Virginie Despentes qui ne cache pas s’être prostituée dans sa jeunesse défend la légalisation. « L’interdiction de la prostitution me paraît vraiment être une aberration, c’est comme si on n’avait pas le droti d’être payées pour le ménage parce qu’on vend notre corps. C’est toujours ce qu’on vend, son corps, dans le travail. De tous les boulots, vraiment, la prostitution c’est pas le pire ! » A lire aussi, les conclusions de Lydia Cacho, journaliste mexicaine, dans son enquête Trafics de femmes. Elle raconte que les prostituées qu’elle a rencontrées auraient toutes choisi un autre métier si elles avaient eu le choix ou un diplôme du supérieur. Elle précise que ce sont des universitaires européennes avec un doctorat, un bureau, une maison confortable – qui ne se seraient jamais prostituées elles-mêmes – qui se disent en faveur de la légalisation. Une argumentation un peu faiblarde mesdames.

J’arrête là ce résumé subjectif. Dans ce numéro spécial de Charlie Hebdo, vous trouvez aussi des dessins hilarants, très mauvais esprit, et quelques chapitres de Femmes de dictateurs de Diane Ducret résumés en bandes dessinées…

Léa Lejeune

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4 commentaires leave one →
  1. mai 13, 2011 8:07

    Je l’ai acheté ce weekend. Passionnant, je l’ai lu en entier. On a un tour d’horizons de différentes problématiques et de différents courants dans le féminisme.
    Je pense que ça vaut les 6 euros
    En tout cas, si vraiment les médias s’intéressent au féminisme, c’est une bonne nouvelle !

  2. mai 16, 2011 8:24

    Bonjour,
    précision : ainsi qu’il est répondu à Charlie dans l’article sur le Rwanda, il n’y a pas eu de campagne ‘vasectomie’, mais une campagne ‘régulation des naissances’, le progrès étant effectivement d’inclure dans celle-ci toutes les méthodes reconnues, y compris la vasectomie.
    Pour la suite, je suis bien d’accord, le contenu ne dépasse guère le niveau des révisions, mais ça a le mérite d’exister : continuez, Charlie!

  3. mai 16, 2011 8:38

    @SB Bonjour,
    Quand vous vous exprimez comme un expert du féminisme et plus précisément du Rwanda, ce serait bien de vous présenter en premier lieu, dire votre travail, vos publications, voire donner votre nom. Ca donne plus de crédibilité à vos propos qui là pourraient être ceux de n’importe quel internaute. 🙂

    Par contre, je ne suis pas d’accord avec votre phrase « le contenu ne dépasse guère celui des révisions ». Déjà tout n’est pas connu. Ensuite, faut-il snober un article qui dit des choses déjà connues ? La presse est répétitions. Et surtout, nous qui voulions tant que l’on parle de féminisme, de femmes, d’égalité dans les médias, réjouissons-nous que cela arrive enfin !

  4. septembre 10, 2012 6:15

    il ets épuisé maintenant ! shit !

    en tout cas impossible de l’acheter sur leur site !
    réclamons une réédition !

    julien

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