Skip to content

Prostitution : faut-il sacrifier les filles ou les clients ?

avril 13, 2011

Le débat sur les politiques de lutte contre la prostitution perdure. C’est peut-être le moment de ressortir un EDITO publié sur Yahoo! Pour Elles, il y a deux semaines…


Hypocrite. C’est le mot le plus adapté pour décrire la loi française contre le racolage passif adoptée il y a huit ans, le 18 mars 2003. Aujourd’hui, sous les yeux des législateurs parisiens, la prostitution perdure. Le long du boulevard de la Villette, les femmes d’origine asiatique, environ la quarantaine, sont alignées comme des produits sur un étalage. Elles ne demandent rien, attendent le client qu’elles raviront pour 50 euros la passe. A l’angle du boulevard Barbès et de la rue Marcadet, ce sont de jeunes « blacks » à l’habillement discret qui discutent entre copines, l’air de rien. Au bois de Boulogne, une prostitution plus visible se perpétue. Toutes sont plus ou moins hors-la-loi, auteures assumées ou malgré elles de racolage passif.
Rappelons au passage l’annonce tonitruante de cette mesure par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Dans un élan du populisme qui a fait sa réussite électorale, il souhaitait répondre aux plaintes de riverains et aux passants gênés par l’exposition des prostituées dans la rue. La réponse du ministre n’était pas d’abolir la prostitution mais uniquement le racolage, cette technique utilisée par les filles pour appâter le client.
Résultats ? Une vraie confusion du côté de ces femmes qui croient leur activité interdite et …du côté de la police qui la réprime plus durement. La force de protection des agents aurait laissé place à une agressivité, souligne un rapport de Médecin du monde publié le mois dernier. Le nombre d’interpellations de prostituées a bondi de 267 en 2001 à 2315 fin 2009, d’après le Conseil National du Sida. Sans compter qu’en pénalisant les filles, la loi offre une impression d’immunité aux clients. « Ils n’ont pas peur du tout de la police, mais considèrent que nous oui. Ils sont plus violents », témoigne une d’entre elles, un sentiment d’injustice perceptible dans la voix.
Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités et de la cohésion sociale, a –enfin ! – prononcé la phrase attendue le 30 mars dernier : « Je suis favorable à la pénalisation du client ».  Et de se déclarer pour l’abolition de la prostitution en citant la méthode suédoise en exemple. Celle-ci a au moins le mérite d’échapper aux contradictions de la loi française : en supprimant la demande, on supprime l’offre. Elle criminalise durement les clients condamnés à six mois de prison. (702 condamnations ont été prononcées depuis 1999). Pas les filles. Une politique plus cohérente. Au passage, Bachelot a oublié de mentionner la loi sur le racolage… Qu’adviendra-t-elle ? Pas de réponse.
Sans compter que les prostituées françaises ne sont pas toutes d’accord avec l’abolition qu’elle prône. Réunies en assises le 18 mars dernier, elles ont insisté sur le fait qu’on ne stoppera pas leur activité. Et tant qu’à y être, autant les traiter comme les autres travailleurs ! Pourquoi leur interdire encore une couverture sociale et le paiement d’impôts ? Pourquoi ne pas les intégrer à la société ? Ce serait ça la vraie claque à l’hypocrisie ambiante.

Léa Lejeune

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :