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Queerweek jour #2 : genre et porno

mars 26, 2011

AVERTISSEMENT : Ces deux billets sont très personnels, contiennent des essais d’écriture très esprit « blog ». Ils ne correspondent pas du tout à ce que nous avons l’habitude de faire.


COMPTE-RENDU

Ce que donne une conf’ porno à Pipo

Mardi soir, je suis allée faire un petit tour rue Saint-Guillaume pour assister à une conférence intitulée « Le porno, Mauvais genre ». Un thème qui sied à la semaine du Queer organisée par Sciences Po. Au casting, Christine Castelain-Meunier sociologue au CNRS que l’on sent au premier coup d’œil un poil…coincée. Et, dans le rôle vedette, Ovidie, ancienne actrice porno et réalisatrice de films de genre depuis 12 ans. L’une a la cinquantaine, un air de prof et monopolise la parole la première moitié du temps ; l’autre la trentaine, en fait presque 10 de moins, prend place derrière le public, croise les jambes avec une évidente sensualité. Elle attend son tour sans tenir en place en rageant sur les propos de sa prédécesseuse.

Ovidie, photographie extraite du film Les Concubines.

J’étais venue pour entendre parler de « genre », c’est-à-dire de comportements et stéréotypes sexués dans le porno. Je supposais que ça dériverait sur le respect de la personne humaine et sur ce que l’on montre de son corps à l’écran. Je souhaitais que l’on fasse taire en direct un préjugé que j’ai eu un jour moi aussi : celui que le porno influencerait la manière dont on traite les filles dans la chambre à coucher. Le sous-titre de la conf’ suggérait quelque chose dans ce genre…

Mais les invités s’en branlent. Je pose bien sûr la question, hein, on ne se refait pas. « Et vous qui faites du porno ‘autrement’, comment faites-vous pour changer l’image de la femme ? Les stéréotypes de genre ? Comment font les autres réalisatrices ?» Ovidie est bouche bée. (Et quelle bouche !) Elle hésite quelques secondes, ne sait pas par qu’elle bout commencer. Je rougis. Depuis le temps que je lis des choses sur ces pornos là, je savais bien que j’aurais du visionner du Annie Sprinkle ou les Dirty diairies. Non, comme une accro au texte, moi je sais tout ce qu’on peut en dire, j’ai lu tout ce que j’ai vu passer…mais je n’y ai pas jeté de coup d’œil. A vrai dire, de culture porno, je n’ai que les films de Canal Plus et le gonzo dégotté sur l’Internet mondial. Heureusement, Ovidie prend les choses en mains :

« Il n’y a pas de recette miracle pour faire du porno qui traite mieux les femmes. Il y a beaucoup de réalisatrices féministes qui se lancent. Mais faire partie de ce mouvement n’est pas une obligation. Le truc c’est que les mecs qui tournent mettent souvent la caméra en mode automatique, reproduise les plans touts faits qu’ils ont déjà vu. Souvent les réalisatrices réfléchissent plus. C’est pour cela qu’elles sont plus à l’écoute des désirs des spectateurs et plus respectueuses des acteurs et actrices, de leurs conditions de travail, de leur dignité »

Ovidie dominatrice dans le débat

Pas tellement plus clair en terme de genre. L’intérêt de la conférence n’est finalement pas là. L’auditoire entier semble s’en foutre. Il n’est pas non plus dans l’intervention de Christine Castelain-Meunier. Elle rappelle quelques poncifs inutiles. (Pléonasme dans ma bouche, comme dans la sienne).

« La pornographie fonctionne sur l’impératif de la performance et du profit comme la société de consommation d’aujourd’hui. Il faudrait faire du porno plus proche de la sensibilité des individus ». Blablabla. Une universitaire traditionnelle qui parle de cul, fallait s’attendre à ne rien apprendre. « Les jeunes que j’interroge reprochent les éjaculations faciales, les gros plans sur des parties du corps, ces modèles qui empêchent de saisir l’individu dans sa complexité ». Tout ça le temps d’une petite gâterie

Portrait de Christine Castelain-Meunier, source EHESS.

Ovidie l’interrompt, tranchante : « citez-moi 10 réalisateurs ! Allez ! Ca m’énerve ces gens qui parlent de porno sans rien y connaître ! » Baffouillements. Aucun exemple ne sort. Christine Castelain-Meunier repart sur … les films érotiques. Amalgame… « Le porno a ouvert une liberté de relations sexuelles auxquelles les jeunes n’avaient pas pensé » Et de citer La leçon de piano comme référence. « Mais se masturbent-ils devant ce film ? », s’énerve une étudiante. Rires. A ce moment, on sent qu’elle a définitivement perdue l’attention du public. Même si un sujet léger, il faut assurer le fond, prévoir le déroulement. La team Queerweek de Sciences Po s’en souviendra.


MAGAZINE

Actrice porno, pour les filles c’est « mauvais genre »

Ovidie voulait montrer les rushs du docu, Rhabillage, qu’elle prépare avec un cinéaste.  Il est annoncé pour « Envoyé Spécial » dans quelques mois. Puisque le matériel de l’IEP fait défaut, Ovidie répondra sans support à la question « Existe-il une vie après le porno ? » Là, on retrouve, enfin, une vraie problématique de genre.

« C’est bien plus dur pour les filles de reconstruire leur vie après le porno. Le mouvement se passe en plusieurs étapes, d’un an après, à 30 ans, comme Brigitte Lahaie. Qu’on aie fait 10 ou 100 films, que l’on devienne coiffeuse, vendeuse chez Decathlon ou écrivaine, c’est toujours cette activité professionnelle qui nous définira. Toutes ces femmes vont subir des discriminations au quotidien, aucune ne pourra revenir à l’anonymat ».

 

Ovidie reconnue dans la rue et prise en photo par des "fans".

Actrice porno un jour, actrice porno toujours

Elle décrit l’acharnement quotidien, les agressions qui ont parfois lieu devant les enfants. Et cite d’autres discriminations : la remise en question de leur capacité d’être mère, la perte de la garde des enfants en cas de divorce, etc. « Une femme qui affiche sa sexualité pose toujours problème dans notre société ! On considère encore que le pêché vient d’elle ! » C’est une autre paire de manches – de couilles – pour les acteurs. « Queue de béton », par exemple, est devenu un chocolatier respecté. OK il réalise des sculptures en chocolat en forme de bites. Mais jamais on ne l’a battu, a tenté de le violer, l’atteint dans son intégrité physique.

Naïveté coupable

Ovidie insiste sur les contradictions des auteurs de ces traitements. Ceux qui jugent ne sont pas forcément ceux qui l’ont vue à l’écran. Les femmes sont parfois plus sévères loin de toute « solidarité féminine ». Des actrices qui viennent justement d’arrêter leur activité pour gagner en discrétion subissent ces critiques sans les avoir vues venir. Elle rappelle que, celles qui ont commencé dans les années 90, n’avaient pas prévu la montée d’Internet. Et l’exposition qui en découle : « Moi même, quand j’ai commencé, j’étais consciente des difficultés du rhabillage. Mais j’étais aussi crédule : je souhaitais devenir maître de conf’. A 18 ans, je n’avais pensé que ça je n’aurais jamais été titularisée ! »

Reste la VRAIE question qu’un coquin dans la salle ose poser : « Comment fait-on pour reconstruire une vie amoureuse ? » « On se démerde comme on peut », enchaîne Ovidie, avant de se lancer dans une analyse psychologique simple comme un dialogue de gonzo. « Les actrices en retraite ne sont plus dans la quête frénétique du sexe. Elles recherchent de l’amour inconditionnel, du romantisme, une vraie relation. Mais à 30 ans, elles font peur. Quel homme est capable d’assumer d’être comparé à un acteur porno ? Quel homme peut oublier l’obsession de la performance ? Quel homme se sent capable d’apporter quelque chose en plus à des filles indépendantes ? »

Léa Lejeune

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3 commentaires leave one →
  1. mars 27, 2011 5:20

    « Quel homme est capable d’assumer d’être comparé à un acteur porno ?  »

    Elle a tout faux là.

    Sa problématique de hardeuse retraitée est la même que celle d’une pute qui voudrait se caser et lâcher son métier (c’est moins compliqué pour la pute parce qu’elle peut dissimuler son passé plus facilement).

    Peu importe qu’elle ait baisé avec Rocco ou bien Gaston-qui-bande-mou. Une actrice porno qui n’aurait tourné qu’avec des Gaston-qui-bande-mou connaitrait exactement les mêmes difficultés.

    Ce qui compte, c’est qu’elle ait prouvé qu’elle pouvait radicalement dissocier sa vie sentimentale de sa vie sexuelle.

    Autrement dit : elle est parfaitement armée pour rendre un homme cocu. Les hommes ne s’attachent pas à ce genre de femmes. Ils cherchent à les baiser.

    Un homme ne sacrifiera tout pour une femme qu’en échange de garanties sur son exclusivité sexuelle. Avec une ex-prostituée ou une ex-hardeuse, ça n’est pas possible.

    Pas de garantie d’exclusivité, pas d’amour inconditionnel.

    Une hardeuse retraitée recherchant « l’amour inconditionnel », c’est un peu comme Christophe Rocancourt postulant à un poste de directeur financier dans une grande banque.

  2. mars 27, 2011 12:21

    Donc selon Nico une ancienne actrice porno est une femme bonne qu’à baiser…

    C’est vrai, c’est tellement plus simple pour un mec de penser ça (vu qu’un homme mono-neuronal pense avec sa bite).

    J’ai déjà eu une relation sérieuse avec une fille qui avait fait du porno et le fait qu’elle ait eu d’autres rapports « visibles » ne m’a pas dérangé. Il suffit de ne pas la JUGER, ne pas la définir QUE sur une petite partie de son passé et (attention partie nian-nian 2000) d’avoir un coeur et de s’en servir.

    Je sais c’est dingue, un mec qui a des sentiments c’est tellement has-been…

    • mars 28, 2011 2:16

      Tu devrais lui écrire au lieu de me faire la morale. Je te la laisse.

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