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Avec Pietragalla, Eve m’a tentée

février 10, 2011

Une femme métaphorique traverse la scène hésitante, une femme primitive lui succède. Vient l’enfant qu’elle porte, l’icône qu’elle devient, les carcans dans lesquels elle se glisse, les injonctions sociales auxquelles elle se conforme tour à tour. Dans La Tentation d’Eve, dernier spectacle de danse contemporaine de l’étoile Marie-Claude Pietragalla, elle peint à travers les âges tous les stéréotypes féminins, les vit jusqu’au bout des flexs parfaits de ses pieds. Point de rigueur historique, seulement des choix très personnels, parfois caricaturaux, jamais ridicule. Choix de celle qui s’est inspirée de textes de Molière ou de la récemment défunte Andrée Chedid. Une voix off dit ces phrases comme une trame à l’histoire. Et nous pousserait à la réflexion, si l’on n’était pas tant absorbé par la prestance de l’interprète.


Il y a une vraie évolution chorégraphique dans La Tentation d’Eve, faite par petites touches. On retient le risque des mouvements saccadés d’une Jeanne D’Arc coincée entre idéal virginal et armure castratrice. Ou encore la prise en main d’une marionnette qui prend le relaie sur la danseuse, une première expérience pour Marie-Claude Pietragalla. De multiples accessoires l’épaulent : des tissus, des têtes d’enfants, un homme (pourquoi pas ?) et même une webcam lorsqu’elle devient la femme moderne, stressée et dépassée. Celle qui succède à la parfaite ménagère, notre aînée. L’usage de ces objets fonde la chorégraphie, comme les costumes entraînent une gestuelle adaptée, bien au-delà de la bande son qui, elle, manque d’unité. Car elle offre un mélange de musiques électroniques ( Massive Attack, Craig Armstrong), de morceaux classiques (la cinquième symphonie de Beethoven), d’une chanson française et de bruitages avec un montage presque haché.

A la sortie du théâtre du Palace, la performance a conquis. D’abord, les quelques réticents, séduits par les scènes jouées, les mots clamés et les mimiques juxtaposées. Ensuite, les amateurs sincères de danse contemporaine, touchés par les premiers tableaux, les plus techniques. Et le fond de la création qui ne cède pas à la facilité : les louanges de la féminité du vingt-et-unième siècle, femme d’affaire séduisante qui combine tout sans en souffrir. La féminité chez Pietragalla ? Une perfection dans les gestes les plus discrets : que ce soit en jouant la comédie les pointes toujours tendues ou dans ses démarches inhabituelles, gracieuses à jalouser.

La Tentation d’Eve, interprétation de Marie-Claude Pietragalla. Chorégraphie de Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault. Prolongé au théâtre du Palace jusqu’au 15 mars à 20h30. Place de 32 à 86 euros.

Léa Lejeune

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