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Pourquoi je suis encore plus féministe à Noël

décembre 27, 2010

La perspective de fêtes passées en famille avait cette année quelque chose de réjouissant. Mettre entre parenthèses cette étiquette de « féministe » qui me colle à la peau. Exit les soirées où les hommes me classent directement dans cette catégorie pour ne pas m’adresser la parole. Ou bien ceux qui me tiennent la jambe sur les questions d’égalité pendant des heures. Alors que, de vous à moi, je n’ai rien demandé d’autre qu’un verre de vodka. Mais une fois débarquée dans la maison provinciale, la réalité me gicle à la figure comme un mâle trop pressé.

Deux jours entiers, me voilà confrontée à une division des sexes implacable : les femmes à la cuisine, les hommes au salon. Eux, discutent politique (mon dada), lisent (mon passe-temps favori), digèrent (une activité à temps plein). Elles, déballent les aliments, découpent, mélangent, cuisent, lavent la vaisselle, transpirent sous les fourneaux, débattent sur l’éducation des enfants et la décoration d’intérieur (deux sujets absolument PA-SSIO-NNANTS), re-lavent. Et bien sûr, se plaignent. Moi, j’erre entre les deux pièces. Me souvenant que je ne me suis jamais sentie à ma place dans aucun de ces clans. A 16 ans déjà, j’avais décidé d’utiliser le fouet pour bien d’autres choses que les blancs en neige. Je me lance donc dans un débat sur le retour attendu du prétendu « messie » (Strauss-Kahn de son petit nom). Puis, me cale dans la cuisine à fumer des clopes et affronte les regards inquisiteurs. « Léa, tu ne fous rien. Tu pourrais nous aider à faire-ci, ça ! » Et moi de répondre « si j’étais un homme, vous me laisseriez tranquille ». La mère se vexe et se demande comment elle s’y est prise pour que ça cloche autant chez moi : erreur d’éducation, voire problème génétique (gloups !) ?

Féminisme génétique

Depuis deux ans, ma punition est double : je me tape la chambre de la demi-sœur. Obligée de dormir au milieu de murs roses bonbecs et de posters de Twillight. La mère offre ma chambre au couple oncle-tante. L’excuse ? « Tu es encore célibataire cette année, c’est bien plus pratique ». Revoilà l’injonction sociale : joue la vieille fille jusqu’au bout ou case-toi !

Sans compter les grands débats lancés dans le but ultime de se mettre sur la gueule. Un classique. Cette année parmi les thèmes abordés : la prostitution et la réouverture des maisons closes. Où le grand-père répète à tue-tête « les filles l’ont choisi, qu’elles sont consentantes. C’est quand même plus sympa que d’être caissière ! » (Toujours les mêmes qui prennent). Et de préciser que lui en Algérie, au bordel… Grand-mère bouche-toi les oreilles, tu ne veux pas connaître la suite ! Passons sur la garde des enfants. Voilà la famille hurler de concert que « quand même, c’est « génétiquement » plus facile pour une femme de s’occuper d’enfants ». Moment où le beau-père traître acquiesce. Celui-là même qui a démonté, il y a 7 ans, une juge « Chienne de garde » qui lui avait refusée la garde de ses gamines à cause du même argument. Je la ramène déjà depuis une heure, seule contre tous quand on se tourne vers moi pour la leçon de vie. « Toi aussi, un jour tu devras accepter de sacrifier ta carrière pour faire des enfants. – Et Clara Gaymard ? Je refuse de CHOISIR ! – C’est un exemple, pas la majorité. -… »

Je sens tous mes poils de féministes se hérisser sur mes bras. Un petit coup de rouge me calmera. Les enceintes Starck crachent un classique des Dire Straits. Je me balance et tape la cadence. Jusqu’à ce que j’entende mon oncle, ivre, murmurer « Elle est bourrée Léa, c’est pas beau…pour une femme ».

Léa Lejeune

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13 commentaires leave one →
  1. décembre 29, 2010 4:38

    J’adore ce billet!

    Je vous ai trouvée via mon alerte Google sur le terme « féministe » et c’est franchement une belle découverte!

    Je constate qu’il y a des choses très semblables des deux côtés de l’Atlantique et j’ai ruminé la même réflexion le 25 alors que je voyais les femmes dans la cuisine et les hommes dans une autre pièce à discuter… Alors que j’étais un peu en retrait à grommeler un peu dans ma tête 😉

    Merci pour ce texte. Je reviendrai! 🙂

  2. Léa permalink*
    décembre 30, 2010 10:46

    @Noisette Sociale : merci, c’est très encourageant.

    Sinon, voici les réactions qu’a suscité ce billet de blog sur Facebook :
    (Puisque nos amis n’ont toujours pas compris qu’il fallait commenter sous l’article!)

    – Victor : « Vous me faites peur parfois. Dites, on pourra continuer à aller boire des pots ensemble, malgré le truc qui pend entre mes jambes? »

    -Matth: « Mais grave…complètement allumées les meufs!!! Faut arrêter les produits là…Victor, moi, j’ai rien contre ton artifice sub-pubien! »

    – Audrey : « Billet hard, mais pour beaucoup vrai. Moi non plus, adolescente, je ne savais jamais qui choisir entre le groupe des hommes discutant politique (qui en fait m’ignoraient, mais était-ce lié au fait que j’étais jeune ou à mon sexe?), et celui des femmes à la cuisine. Moi aussi j’ai pris des « Audrey tu fous rien », et des « c’est pas beau une femme bourrée », (par ma mère), ainsi que des « tu verras, quand tu seras mère ».
    Et puis le temps a passé… Mon beau-père fait la cuisine, plus que ma mère, qui ne s’offusque plus quand je bois un verre de rouge à table, parce qu’elle sait que je vais m’emporter. J’ai réussi à entrer à Sciences Po donc maintenant les hommes m’accueillent dans leurs discussions politiques… Et m’écoutent.
    Je ne suis ni « femme soumise », ni féministe pure et dure. Nous sommes une nouvelle génération, les mutations culturelles se font lentement. Il faut continuer à « taper du poing », mais sans pour autant « écraser » les hommes qui renchériront (comme au Canada) dans le mauvais sens. Cultiver la différence, tout en prônant l’équité. Je suis femme, et pas homme. J’aime quand on m’aide à transporter mes valises quand elles sont très lourdes, quand on m’ouvre la porte, et vu l’état de mon compte bancaire, j’aime quand on m’offre un repas au restaurant. Laissons les faire. Ca leur fait plaisir. Ca n’empêche pas de viser haut pour sa carrière et de se battre pour dénoncer le plafond de verre, d’aller chercher les croissants le matin à la place de son compagnon, tout en l’enjoignant à mettre la main à la pâte pour la cuisine, le ménage, etc.
    Je me prendrai toujours des « tu verras quand tu seras mère, tu changeras d’avis », mais je serai toujours très mauvaise en cuisine. C’est un choix. 🙂 Et quand nous serons mères, si nous décidons de l’être un jour, cela changera encore. En mieux, j’en suis sûre. »

    Réagissez!

  3. décembre 30, 2010 11:06

    Oui la femme est un homme comme un autre.

    Bon Clara Gaymard, c’est pas mal, mais Judit Polgar c’est beaucoup mieux !

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Judit_Polgar

  4. décembre 30, 2010 11:10

    Arf, c’est à gerber avant la bûche 😀 T’as réussi à rester stoïque ou t’as dégainé le lance-flamme (histoire de te faire traiter d’hystérique) ?

    Change de famille ! Pacse-toi avec un harmonieux et n’accepte jamais de te « sacrifier », pas même ta carrière, pas même pour faire des enfants. Nan mais !

  5. décembre 30, 2010 11:22

    Je crois que tu mets dans le mile, en précisant que même les femmes ne veulent pas que ça change.
    Tu imagines un homme dans la cuisine à ce moment là?
    Elles serraient toutes subjuguées. Pourquoi?
    Le partage des tâches, c’est pas quand on dit toi tu fais ça et moi ça.
    C’est quand on fait ce qui doit être fait, sans regarder ce que l’on a entre les jambes ou ce qui a été convenu à l’avance.
    Les mentalités changent, doucement, mais un jour peut-être…
    Si déjà il y avait moins de femmes maltraitées se serait bien.

  6. etudiantme1 permalink
    décembre 30, 2010 12:48

    oh na na …what’s my name ?

    Vive la femme !

  7. Prose permalink
    décembre 30, 2010 4:47

    Merci pour ton billet. J’ai rien à ajouter tellement il se suffit à lui-même…

  8. Enzo permalink
    janvier 4, 2011 6:29

    Salut,

    Toi tu aimes parler politique, ta mère être dans la cuisine à Noel. Chacun ses choix, non ? Tu y vois une forme de domination pour elle uniquement parce que tu implicites que parler politique au salon est une activité « plus libre » et « meilleure » que d’être dans la cuisine…Tu penses que ta mère est moins libre que toi quand elle fait la cuisine…euh… et la lutte contre les a priori dans tout ceci ?

    Peut-on être féminisme et aimer faire la cuisine à Noel ? Je suis sur qu’on peut être féministe, aimer faire la cuisine à Noel tout en parlant politique.

    Autre point: tu parles d’égalité des droits dans le premier paragraphe. Quel est le lien avec le féminisme ? Ne confonds tu pas revendication sociale portée par des femmes (la lutte pour l’égalité sociale universelle ce n’est pas du féminisme), et féminisme (qui entend promouvoir l’essence feminine) ?

    A+

    Enzo

    • janvier 16, 2011 4:27

      Enzo, tu ne lis pas tout… Le détail est de taille : dans la cuisine, les femmes se plaignent. Perso, j’aime être dans la cuisine à Noël parce que j’aime organiser la fête, soigner les petits détails, mais surtout parce que je n’y suis quasi jamais le reste de l’année!

      Léa, ton billet serait drôle s’il n’était pas réel : c’est une vraie parodie, ton Noël en famille ! La preuve qu’il faut continuer à enfoncer les portes ouvertes : enfonce !

      De tout coeur avec toi,

      Ana, Fauteuse de trouble

  9. janvier 13, 2011 7:59

    Je croirais lire un résumé de Noël dans ma famille ! 🙂
    Combien de fois je me suis faite engueuler parce que je ne me proposais pas pour aider… Ben oui, je préfère prendre l’apéro avec les mecs, comme c’est étonnant !
    Depuis mon mariage, j’ai gagné un peu en respect (mes diplômes, par contre, ça ne leur a fait ni chaud ni froid). Mais je passe toujours pour une originale. Mon mari est allé proposer son aide en cuisine pendant que je sirotais l’apéro, il s’en est fait virer avec des regards choqués.
    Maintenant ils sont résignés. J’ai un bon métier, un bon mari selon leurs critères, un fils qui a l’air équilibré : je joue tout de même mon rôle de femme de manière satisfaisante à leurs yeux (et quelque part, ça me fait bien chier ! 😉 ). Mais mes opinions féministes ne passent toujours pas. Mon propre père s’amuse volontiers à me faire des blagues machistes pour me taquiner, sans imaginer à quel point il est blessant (sans doute essaie-t-il de me prouver, à l’usure, que j’ai tort d’être blessée). Ca ne passera sans doute jamais… Mais tant pis !

  10. lucien permalink
    janvier 28, 2011 2:14

    Moi, lucien 24 ans j’espère,
    faire de bon petit plat pendant que ma femme va bosser (penser à sa carrière, gagner plein d’argent)
    m’occuper des enfants pendant que ma femme va bosser
    regarder la femme de ménage travailler (payer par ma femme qui gagne plein d’argent)
    aller boire un coup avec mes copains copines pendant que ma femme va bosser et que les enfants sont à la crèche, maternel, école, collège, lycée, fac de féminisme
    faire de nombreux voyages avec ma femme (qui gagne plein d’argent)

    Arrêtez de demander la permission pour être respectée; imposez le respect par l’évidence.
    ne laissez pas les opinions des autres ou les normes sociales prendrent le pas sur ce que vous êtes et voulez être.
    ne croyez pas cette même société qui vous dis que pour être heureux/heureuse il faut travailler 70 heures par semaine..
    damned, ouvrez vos jolies yeux (oula un compliment.. encore un macho de première…..)

    blabla’s style

  11. mars 2, 2011 7:17

    Bon sang…
    Je suis un mec, mais moi ça me ferrait… Ah bah non, ça me mets déjà en colère !

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