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Ces "tests de virginité" que la justice égyptienne nie

mars 12, 2012

Hier, la justice a acquitté le médecin militaire accusé d’avoir pratiqué ce qu’on appelle pudiquement des "tests de virginité" sur des manifestantes de la place Tahrir. C’était en mars 2011, près d’un mois après la chute d’Hosni Moubarak;  l’armée "nettoie" la place et embarque des milliers de manifestants avec l’aide des baltageyas (ces voyous et mercenaires payés par le régime). Parmi eux, 18 femmes qui vont subir des viols pour "vérifier leur virginité".

Samira Ibrahim Mohamed © Francesco Pistilli Photojournalist

L’une d’entre elles, Samira Ibrahim Mohamed, étudiante de 25 ans, ose le dénoncer publiquement et porte plainte contre le médecin militaire. Dans une vidéo, elle raconte (en arabe) cette humiliation qui se déroule sous couvert d’autorité médicale.

Samira Ibrahim Mohamed: "J’ai reçu des électrochocs, et ait été frappée. Ils m’ont déshabillé devant des soldats et officiers. Ils disaient "laissez nous vérifier si vous êtes une prostituée". C’était pour nous humilier, donc nous n’avons jamais pensé à protester."

Des centaines d’Égyptiennes et Égyptiens lui manifestent leurs soutien dans les rues du Caire, et d’autres témoignages du même genre affluent dans les ONG.

Le reportage de la chaîne Al Jazeera (english) traduit une partie de la vidéo de Samira Ibrahim et résume très bien l’affaire:

Après le scandale révélé par  Samira Ibrahim Mohamed et les ONG comme Amnesty International, l’armée promet de ne plus procéder à ces tortures et humiliations. Une manière implicite de reconnaître sa responsabilité. En décembre dernier, la Cour administrative du Caire va même plus loin. Elle donne raison à la jeune femme, en interdisant ces "tests". Mais hier le tribunal militaire a refusé de condamner le médecin et jeune conscrit, arguant "des manques de preuves et des contradictions dans les témoignages". Preuve que la justice militaire n’est peut-être pas la meilleure armée pour se juger.

Après le sexe, l’émotion d’Eve Ensler

février 20, 2012

LITTERATURE

Une adolescente futile adresse une lettre à Rihanna, la suppliant de tolérer la violence de son amant (1). Une jeune bisexuelle peste contre ceux qui l’enferment dans une case. Une anorexique heureuse prodigue des conseils sur son blog. Une iranienne défend une version atypique de la beauté. Une esclave sexuelle fait le récit des deux années de torture où elle n’a pas capitulé. Voici quelques uns des trente monologues qui composent Je suis une créature émotionnelle (2), le deuxième ouvrage d’Eve Ensler.
Le dernier, Les monologues du Vagin, pièce de théâtre traduite dans 50 langues et jouée dans 50 pays, fête déjà ses quatorze ans. Depuis, l’auteure a fondé une association de lutte contre les violences faites aux femmes : V-Day. Avec elle, Eve, l’oreille tendue, parcoure le monde et recueille, au détour, des histoires singulières. Les émotions qui confirment la règle. Réalités et fictions s’entrecroisent dans cet ouvrage qui écarte astucieusement les stéréotypes et caricatures figées. Elle offre pourtant sur le même plan des souffrances profondes et la superficialité d’adolescentes américaines, soucieuses d’être acceptées dans un groupe ou de plaire aux mauvais garçons. La morale des déboires ? Eve Ensler appelle les adolescentes à se questionner et les exhorte à vivre leur vie comme elles le veulent, à se libérer de ce qui les contraint (3). Un message servi par une belle plume.
Car ce qui frappe quand on se replonge dans du Eve Ensler, ce sont ces monologues stylisés : les premiers aux phrases décousues, les sortes de poèmes en rimes ou prose (moins efficaces en Français qu’en Anglais). Ce qui percute, ce sont les mots qui glissent, les gimmicks qui s’immiscent. Ce qui fait tiquer, ce sont les vers déguisés qui font alterner détails frivoles et ressentis forts. Véritables points communs avec Les monologues du vagin. Moins choquant, moins novateur, moins inattendu, Je suis une créature émotionnelle est une lecture aisée de moins de deux heures à réserver pour un après-midi d’été. Et un amas de vécus bruts à prendre en pleine face.

Léa Lejeune

1 Cela n’est pas sans rappeler le débordement des fans de Chris Brown, ex de Rihanna, lors des Grammy Awards 2012, déclarant sur Twitter qu’elles seraient prêtes à être frappées par lui, elles.

2 Je suis une créature émotionnelle, Eve Ensler, Editions 10/18, novembre 2011.

3 D’après l’auteure, « 74% (des jeunes filles) affirment être sous pression pour plaire à tout le monde ».

Et si on enseignait l’égalité hommes-femmes dès la crèche ?

février 20, 2012

Publié sur Rue89

Le lien : http://www.rue89.com/rue69/2012/02/02/et-si-enseignait-legalite-hommes-femmes-des-la-creche-229009

Un enfant fait de la peinture à l’eau (Ernst Vikne/Flickr/CC)

Tout au long de leur scolarité, les filles obtiennent de meilleurs résultats que les garçons. Mais au cours des études supérieures, les garçons reprennent l’avantage et sont les premiers à trouver un emploi, avec un salaire plus élevé.

En cause, une orientation scolaire conditionnée par le genre, les stéréotypes et les attentes des parents : les femmes restent surreprésentées dans les filières littéraires (80%) et médico-sociales (95%), mais se font plus discrètes dans les grandes écoles.

L’idée

Pour lutter contre les idées reçues, depuis 1998, la Suède a mis en place une pédagogie dite « compensatoire », dans les écoles maternelles et les crèches. Les garçons s’y essayent à la danse et les filles sont poussées à prendre la parole ou des initiatives. A s’affirmer en somme. Simone Hall, coordinatrice à Täppan, une école maternelle située dans le centre de Stockholm, l’assure :

« Nous ne transformons pas les enfants. A 12 mois, ils savent déjà à quel genre ils appartiennent. Et tout au long de leur vie, la famille, le matraquage publicitaire ou le cinéma leur rappellent à qui ils doivent s’identifier. »

Pour permettre aux enfants de dépasser les assignations de genre, pas de rééducation donc, mais une évolution des pratiques, le changement ne pouvant être que progressif et global. Toutes les représentations sont repensées sur un mode égalitaire : du choix des jouets, des activités, du langage… jusqu’à la formation des équipes.

En France, Florence Sarthou, chef de service des crèches du département de Seine-Saint-Denis, prend la mesure de la tâche :

« Chacun doit travailler sur ses attitudes, ses manies et remettre en question sa pratique de tous les jours. C’est pour cela que nous ne pouvons généraliser la méthodologie rapidement. »

Comment la mettre en pratique ?

Pour lire la suite : http://www.rue89.com/rue69/2012/02/02/et-si-enseignait-legalite-hommes-femmes-des-la-creche-229009

Léa Lejeune

Violence conjugale : le témoignage rare d’un homme

janvier 23, 2012

Il n’est pas difficile de trouver des témoignages de femmes victimes de violence conjugale, sur des sites comme SOS Femmes. Ni des histoires hommes victimes, qui ont également leurs sites. Mais il est beaucoup plus rare de dénicher des témoignages du côté obscur, de celui qui violente… ou du "Dark Passenger", comme l’appelle Aurélien.

"Salut, je m’appelle Aurélien, j’ai 28 ans et je suis un mec violent."

Ce jeune homme de 28 ans, qui se dit "bien sous tout rapport", publie une longue lettre troublante sur le site French Touch Seduction. Jamais violent dans son enfance, plutôt réservé, il raconte son basculement dans la violence conjugale. Comment un jour, il a giflé sa copine "pour des conneries". Et puis pourquoi il a recommencé et l’a menacée, cette fois, une main autour du cou. Une descente aux enfers qui semble incontrôlable.

Ce témoignage personnel n’explique ni n’excuse le phénomène de la violence conjugale qui toucherait une femme sur dix d’après les études. Mais il permet d’essayer de comprendre le passage à l’acte du point de vue inverse.

Ce témoignage donne une explication très individuelle du phénomène. Il élude évidemment l’importance de notre éducation, de notre socialisation qui, inconsciemment, nous construit (comment sont élevés les hommes, et les femmes? pourquoi les hommes ont plus recours à la violence que les femmes ?).

Mais ce genre de témoignage pourrait, peut-être, nous aider à réfléchir à une meilleur prise en charge des conjoints violents… Avec de vrais programmes de "rééducation", comme il en existe aux Etats-Unis ou en Espagne. Affaire à suivre.
Ariane Lavrilleux

Une (bonne) réponse à l’inégalité salariale

décembre 2, 2011


              A ceux qui reprochent souvent aux féministes de ne pas s’intéresser aux « vrais sujets »[1], l’ouvrage Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ?, sorti en septembre dernier, apparaît comme un contre-argument. L’égalité hommes-femmes en terme de salaires et de postes – quoique fantasme petit bourgeois pour certains – en fait partie. C’est à ces injustices persistantes, tenants et aboutissants du « plafond de verre »[2] que Olympe/Brigitte Laloupe, blogueuse populaire et coach en entreprise s’attaque ici…

En France, en 2011, il reste entre 10% et 27% de différence salariale – selon les calculs[3] – entre les hommes et les femmes. Et les femmes sont de plus en plus rares quand on monte dans la pyramide hiérarchique des entreprises, privées ou publiques. Des phénomènes qui correspondent à des « effets individuels »…et des « processus inégalitaires ou discriminatoires qui jouent en défaveur des femmes à divers moments de leur carrière, voire en amont », selon la DARES. Brigitte Laloupe décrit un par un ces mécanismes psychosociaux, soit deux approches (sociologiques et individuelle) en une. Les attentes vis-à-vis des enfants, les stéréotypes transmis par la pub ou les médias, les milieux de pouvoir où l’entre-soi reste de mise, les attributs inconscients de la dominance, les règles du jeu particulières sont autant d’éléments décortiqués ici. Habilement dépecés. Explicités. Beaucoup semblent déconnectés du monde de l’entreprise a priori, mais tous ont une incidence sur les rapports de pouvoir qui s’y établissent. Dans la troisième partie, elle lâche – enfin ! – comment font celles qui réussissent. Plus subjectif, ce passage devient un guide, proche d’un bon ouvrage de management.

Dans cet essai de Brigitte Laloupe, on apprend peu de choses au final, surtout quand on est rodé à ces problématiques. Mais il a le mérite de faire un état des lieux des connaissances en 2011. Sans compter qu’il est très bien référencé. Toutes les sources sont citées avec une précision qui ferait rougir certains journalistes. Autre avantage ? Pas besoin d’être « féministe » pour l’apprécier, même si le fil conducteur l’est. Sans s’en cacher.

Léa Lejeune

3 questions à Brigitte Laloupe

- Il existe déjà de nombreux ouvrages sur l’égalité professionnelle. Que pensais-tu pouvoir apporter ?

Effectivement, j’ai lu beaucoup d’études sur le sujet. Mais, à ma connaissance, il n’y avait aucune compilation ou synthèse. Les articles, et même les ouvrages qui sont publiés restent souvent destinés à des experts. Pourtant il me semble primordial que ces études soient connues du grand public… C’est une condition sine qua non pour que l’égalité progresse. On sait, par exemple, depuis longtemps, que les enseignants ne se comportent pas de la même façon avec les filles et les garçons, notamment quand il est question de sciences dures. Il y a dix ans, l’éducation nationale a publié des circulaires pour attirer leur attention là dessus. Qui le sait aujourd’hui ? Techniquement, aucune loi ne changera ces inégalités, les acteurs eux-mêmes doivent prendre conscience de leurs propres comportements et de ceux des autres à leur endroit.

- Jusqu’alors, tu étais blogueuse – connue mais anonyme – spécialisée dans les questions d’égalité et de féminisme. Pourquoi as-tu assumé ton identité cette fois ?
Mon éditeur m’a laissé le choix. Sortir de l’anonymat a été très difficile, surtout parce que mon blog (qui lui permet de faire le lien avec son lectorat, ndlr) est beaucoup plus militant et engagé que mon livre. Je n’étais pas sûre de pouvoir assumer cette étiquette militante au quotidien. Mais en restant anonyme j’avais le sentiment d’amoindrir le propos de l’ouvrage, de lui faire perdre de sa légitimité.

Par ailleurs, des journalistes m’ont souvent sollicitée pour des articles et des émissions de radios, j’en avais marre de ne pas pouvoir accepter, alors que je mourrais d’envie d’y aller.

- En quoi le fait d’être coach en entreprise a influencé ta manière de traiter le sujet du plafond de verre ?
Je suis coach depuis 3 ans mais j’avais commencé le livre bien avant. Mon expérience m’a permis de vérifier, aussi bien en sessions collectives qu’en coaching individuel, que beaucoup de femmes vivent exactement ce que je décris. (Le livre fourmille d’exemple de sessions de coaching où des femmes relatent leurs (mauvaises) expériences, ndlr). Aujourd’hui, les entreprises et les cadres me demandent souvent de travailler sur ce thème.

[1] Le débat Madame/Mademoiselle, lancé par Osez le féminisme et les Chiennes de garde a étonné, voire scandalisé, des éditorialistes, de nombreux lecteurs de la presse et commentateurs du web.

[2] « (Expression née) aux Etats-Unis dans les années 70 pour désigner les barrières invisibles et artificielles dressées sur le parcours (professionnel) des femmes. (…) Utilisée par l’Organisation internationale du travail, le plafond de verre désigne un obstacle qui limite de façon drastique l’accès des femmes aux plus hautes responsabilités. Cet obstacle est invisible puisqu’en théorie hommes et femmes ont les mêmes droits et les mêmes chances ».

[3] Le chiffre de 27% est en valeur absolue. Le second résultat est obtenu « toutes choses égales par ailleurs » (les temps partiels et heures supplémentaires qui créent des différences sont exclus ; les diplômes et l’expérience professionnelle sont les mêmes ; les interruptions de carrière, pour cause de congés maternité entre autres, sont exclues).

Déserter Tahrir, c’est soutenir les violeurs

novembre 25, 2011

Ce matin, croyant surement bien faire, Reporters Sans Frontières –censé défendre les journalistes quelque soit leur sexe je le rappelle- exhortait les rédactions à ne plus envoyer de femmes au Caire car trop de femmes se sont faites violées en peu de temps. Effectivement cette semaine, place Tahrir, deux journalistes, l’une égyptienne, l’autre française se sont faites violemment agressées par des hommes qui n’étaient pas des manifestants mais (pour certains) des membres des services de sécurité égyptiens.

Oui parce que les braves Reporters sans Frontières ont oublié de préciser que les hommes journalistes qui accompagnaient ces reporters se sont aussi fait tabasser. Mais pour eux ce n’est pas pareil, ben non ce sont des hommes, ils s’en remettront ! Par contre les femmes, ces êtres chétifs seront brisés à jamais.  Peut être qu’il faudrait envoyer un exemplaire de King kong théorie à Julliard…

Et comme le disent plusieurs reporters de sexe féminin à Libération « on ne va pas cantonner les femmes aux reportages sur les soldes » .

Marie-Laure Colson (dont je croise la route par chance à Montpellier) ancienne reporter, est aussi de cet avis. Elle qui a parcouru les champs de bataille pendant une dizaine d’années pour Libération, en a vécu des situations périlleuses. Certes jamais aussi traumatisantes que les agressions qu’ont subies Caroline Sinz  et Mona Eltahawy.

Mais quand on la pousse un peu elle vous raconte cette petite histoire « où il fallut ramasser un député congolais qui se faisait tabasser par les milices », l’emmener dans une voiture « avec des vitres qui fermaient pas » et évidemment « se faire un peu taper dessus ». Marie-Laure n’a pas froid aux yeux, mais n’a jamais pris de risques inconsidérés. Elle a fait son travail de journaliste assure-t-elle.

« Le danger est invisible jusqu’au dernier moment »

Jamais, elle ne s’est dit « en tant que femme, je ne dois pas y aller ». Pourtant de la Serbie, au Rwanda en passant par Cuba, elle en a vu des cadavres et des villes assiégées.

Pour les reporters, hommes ou femmes, les enlèvements sont leur pire crainte dans ces zones de conflits. « On peut tout préparer, baliser le trajet, le véritable danger est invisible jusqu’au dernier moment. »

Le reporter est aussi impuissant face aux mouvements de foule… par définition incontrôlables. Et donc effectivement, dans ces cas là il vaut mieux se mettre à l’écart.

Mais en Egypte ce n’est pas ce qui s’est passé : « c’était de l’intimidation. Ces hommes n’ont pas attaqués ces journalistes uniquement parce qu’elles étaient des femmes. C’était pour leur dire de partir. »

Non seulement le communiqué de Reporters sans frontières est « machiste », mais dire qu’il ne faut plus y aller c’est se rendre complice : « ça donne raison aux agresseurs qui veulent empêcher les journalistes de raconter ce qu’ils se passent place Tahrir ».

Reconnaissons que RSF, plus que gêné par le débat suscité par son initiative, a jugé bon de nuancer son propos. L’ONG aura eu le mérite de révéler l’inconscient d’encore beaucoup trop de journalistes et rédacteurs en chef.

Ariane Lavrilleux

Après Moubarak, pourquoi pas Bothaina Kamel ?

novembre 7, 2011

Dix mois après la révolution du 25 Janvier, l’Égypte prépare ses premières élections législatives le 27 novembre prochain.  Mais dans un pays marqué par 30 ans de dictature d’Hosni Moubarak, c’est surtout l’élection présidentielle qui mobilise les attentions et les candidatures. La première à se déclarer fut Bothaina Kamel, journaliste et activiste des droits de l’Homme.

Bothaina Kamel, candidate à l'élection présidentielle égyptienne. A l'arrière plan, son mari, l'avocat Ashraf Elbaroudi. © Ariane Lavrilleux

10 candidats, 1 femme déterminée

En tout, aujourd’hui, une dizaine de candidats se sont déclarés. Parmi eux Mohammed El Baradei, prix Nobel de la paix, ancien directeur de l’AIEA. Autre candidat "présidentiable" : le libéral Amr Moussa, ministre de Moubarak dans les années 1990, fait aussi parti des présidentiables. Les Frères Musulmans, donné favoris des élections législatives, se sont interdits de présenter des candidats. Mais Abdel Moneim Al-Fotouh,  membre dissident du mouvement islamiste, se présentera en son nom.

Face aux autres candidats qui appartiennent tous à une mouvance politique ou religieuse, Bothaina Kamel fait figure d’électron libre. Mais elle est connue des Égyptiens pour ses émissions de radio et télévision, notamment "Nightime confessions" où elle abordait des sujets de société souvent critiques à l’égard des pouvoir politiques et religieux. Victime de la censure sous l’ère Moubarak (elle avait du arrêter son programme sous la pression des militaires en 1996), elle fut l’un des porte-voix de la révolution du 25 janvier.

"On ne devrait plus se poser la question, pourquoi une femme se présente à la présidentielle !"

Rencontrée au Caire,dans le hall d’un hotel (d’où la musique en fond), en pleine réunion politique avec des jeunes du Mouvement du 6 avril, Bothaina Kamel veut défendre la voix des femmes mais surtout de tous les laissés-pour-compte de la société égyptienne. Quand on lui demande pourquoi  elle, Bothaina, a voulu se présenter, la réponse fuse :

Sans appui partisan, Bothaina Kamel n’est pas non plus novice en politique. En 2005, elle créé le mouvement Shayfeen ( "We are watching you") pour contrôler les premières élections législatives multipartistes organisées par Moubarak. Elle révèle, preuves à l’appui, l’existence de nombreuses fraudes. Elle fonde également "Les Egyptiens contre la corruption" pour soutenir des projets et initiatives de citoyens égyptiens.

Si son nom et son visage sont connus, sa candidature attire plus les médias internationaux que les égyptiens. Dans un sondage réalisé fin août auprès de 2400 Égyptiens en age de voter, la journaliste ne recueille même pas 1% des intentions de vote. Mais si Bothaina Kamel ne décroche pas le titre de présidente, elle joue déjà un rôle politique important pour la démocratie naissante.

"Je suis censurée à la télévision égyptienne parce que j’ai critiqué l’armée au pouvoir"

Depuis le 11 février, et la mise en place du conseil militaire de transition, la censure n’a pas disparue des bonnes habitudes du régime.  Comme d’autres activistes et blogueurs, Bothaina Kamel en a fait les frais. Son émission de télé a été arrêtée parce qu’elle avait critiqué l’armée en mai dernier. Elle avait dénoncé (comme plusieurs associations de défense des Droits de l’Homme) la complicité de l’armée et de la police dans les massacres d’Imbaba au Caire.  Depuis le massacre de Coptes à quelques pas de la place Tahrir, le 9 octobre dernier, elle est carrément personæ non grata dans les médias égyptiens.

Parce que le 9 octobre,  elle se trouvait devant "Maspero", la TV égyptienne… et a vu une partie des exactions commises par l’armée, la police, et les "thugs" (c’est-à-dire des voyous encouragés voire payés par la police pour semer le trouble). Les médias n’ont pas apprécié qu’elle le raconte sur twitter et facebook.

Ariane Lavrilleux

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